Le Prince Laurent a démenti jeudi, par la voie d'un communiqué diffusé via son avocat Pierre Legros, avoir "joué la carte de la diplomatie parallèle" en Libye, comme l'affirment les journaux La Libre Belgique et La Dernière Heure.

"Sans vouloir s'immiscer dans les débats relatifs aux modalités de ses déplacements à l'étranger, (le Prince) estime nécessaire de ne pas consentir, par son silence, à de fausses affirmations contenues notamment dans un article lui attribuant l'intention de 'soutenir les rebelles libyens'", selon ce communiqué.

Le Prince rappelle qu'"en parfait accord avec les responsables de son association, il a été consulté, en 2005, par les autorités libyennes pour lancer un programme de reforestation et organiser un enseignement supérieur dispensant les matières liées au respect de l'environnement".

A ce titre, il s'est rendu plusieurs fois en Libye, où il a noué des amitiés avec des professeurs d'universités et des responsables environnementaux, a précisé Me Legros à l'agence Belga. Ces "amitiés perdurantes" ne constituent en rien une diplomatie parallèle, a-t-il ajouté.

"Il suffit que le Prince dise bonjour à un Libyen pour qu'on dise qu'il est anti-Kadhafi", a ironisé l'avocat.

Le communiqué précise que le projet environnemental "n'est plus d'actualité en raison du fait que la partie libyenne n'a pas tenu ses engagements".

"Les insinuations concernant les intentions du Prince n'ont aucune base dès lors que cette action était conduite dans le cadre d'une association sans but lucratif", conclut le texte.

La Libre Belgique et la Dernière heure ont publié jeudi un article affirmant que le prince Laurent entretient de nombreux contacts diplomatiques à l'insu du gouvernement et du Palais royal. Selon ces journaux, le Prince a discrètement organisé une rencontre avec un diplomate hostile à Kadhafi.

Le prince ne se sent pas bien après cette affaire, déclare Davignon

Le vicomte Davignon, qui est un proche du prince Laurent, a rapporté jeudi soir sur les antennes de la télévision publique flamande VRT, que le fils cadet du roi se sent "très mal" par rapport à la polémique intervenue autour de sa personne. "D'un côté, il veut se rendre utile, de l'autre, les règles ne sont guères claires quant à ce qu'il peut ou ne peut pas faire. Ces règles n'existent pas", a affirmé M. Davignon.

Selon celui-ci, qui est par ailleurs administrateur de la fondation GRECT du prince aujourd'hui mise en cause, elle peut constituer pour lui un cadre à l'intérieur duquel il peut jouer son rôle.

A propos du récent contact du prince avec une personne liée à l'ambassade de Libye, le vicomte a confirmé qu'il s'agissait bien d'un projet de reboisement et d'environnement qu'il voulait mettre en oeuvre dans ce pays. Selon lui, des contacts ont eu lieu à l'époque avec les autorités libyennes mais le projet a été arrêté du côté libyen, pour des raisons financières. "L'asbl a fait des paiements, elle devait être remboursée mais cela ne s'est pas produit", a-t-il dit.

A la suite des événements récents dans ce pays, l'ambassade a essayé de nouer des contacts avec le prince Laurent. Selon M. Davignon, il aurait mieux fait de s'abstenir et d'en référer aux responsables politiques. "Mais il y a eu un manque de prudence", a-t-il convenu.

Le vicomte estime qu'il faut avoir de la compréhension pour la situation du prince. Il essaye d'avoir un objectif. Il est convaincu de l'intérêt de la gestion de l'environnement, de la notion de durable et de la nécessité d'aider les autres et il essaye de faire cela dans le cadre d'une fondation aux règles et statuts clairs, a-t-il encore souligné.

Le Premier ministre Yves Leterme veut que Laurent se tienne à des règles strictes

Certaines activités du prince Laurent et la façon dont elles se déroulent ne sont pas conciliables avec son statut de prince, a affirmé jeudi le premier ministre Yves Leterme, à la Chambre. Il a ajouté qu'il aurait un entretien avec le prince demain vendredi après-midi. Yves Leterme a indiqué devant la Chambre qu'il avait eu plusieurs entretiens avec le prince et son entourage.

"Ces entretiens m'ont permis de me faire une idée claire des activités du prince", a dit le premier ministre. "Il en ressort que certaines activités du prince Laurent et la façon dont elles se déroulent ne sont pas conciliables avec son statut de prince et la position que cela implique".

"Vu la gravité du dossier par rapport à la crédibilité de nos institutions, mon souci est de ne pas travailler à la légère. Cela s'explique parce que chaque jour de nouveaux éléments sont révélés", a ajouté le Premier ministre.

M. Leterme a expliqué aux députés qu'il rencontrerait "normalement" le prince Laurent vendredi. "Je lui communiquerai les nouvelles règles qu'il est tenu de respecter strictement et je répéterai que ses activités sont menées de façon tout à fait inadmissible", a-t-il déclaré.

"C'est moins embarrassant pour la diplomatie belge, puisque tout le monde sait que le prince Laurent n'est pas mandaté, que pour l'institution monarchique", a déclaré jeudi à l'AFP une source proche du gouvernement s'exprimant sous le couvert de l'anonymat.

La famille royale est régulièrement critiquée en Flandre néerlandophone, où le courant indépendantiste estime qu'elle constitue un obstacle à ses ambitions. Plusieurs partis flamands réclament notamment que le roi, qui joue un important rôle d'intermédiaire entre Flamands et francophones pour tenter de régler la crise politique qui ébranle le pays depuis plusieurs années, ait à l'avenir des fonctions purement protocolaires.

Le prince Laurent, qui a affirmé qu'il n'était pas prêt à renoncer à sa dotation, a mis en cause un proche conseiller du roi et la "stupide presse flamande" pour expliquer ses déboires.

Yves Leterme (CD&V) a convoqué le Prince Laurent afin de lui signifier clairement qu’il n’était plus question de rééditer une quelconque mission à caractère commercial à l’étranger. Cette convocation du fils cadet d’Albert II - un fait exceptionnel - intervient après la révélation de la récente mission de Laurent au Congo. Rappel, ce voyage avait été déconseillé par le Premier, le ministre des Affaires étrangères et le Palais royal.

Il s’agit pour le gouvernement fédéral de clairement obtenir du Prince l’engagement clair, net et précis de ne pas poursuivre d’activités à but commercial. Secundo, Laurent devrait s’engager à avertir préalablement le gouvernement de ses missions à l’étranger et à y renoncer si le gouvernement estime que ce déplacement est inopportun. Ces engagements seraient endossés par le Prince - et signé dans une sorte de contrat - en échange du maintien de sa dotation de 312 000 euros (26000 euros par mois). Il n’est aucunement question de supprimer une partie de la dotation : "Soit on a une dotation soit on n’en a pas, relève un ministre. On ne va pas entrer dans un système de tarification des prestations."

Plusieurs fois par le passé, les missions du prince Laurent ont attiré l’attention du gouvernement - et notamment de l’ex-Premier ministre Guy Verhofstadt. Celui-ci, en compagnie du vice-Premier Didier Reynders, avait tenté d’édicter un cadre - alors que le Prince s’est rendu en mission en Mauritanie et en Libye. Peine perdue : "Nous n’avons jamais été écoutés par Laurent" , se désole un observateur. Yves Leterme a également déjà envoyé deux courriers à Laurent (octobre 2008 et mars 2011)... Ce jeudi, le Premier ministre devrait répondre aux questions parlementaires au sujet de la dotation du Prince Laurent - un ultime tour de chauffe avant la rencontre programmée vendredi.