Alors que la Belgique découvre une nouvelle affaire de terrorisme, dans les prétoires se poursuit en appel l'affaire Assabyle.com, du nom de ce site Internet qui avait été condamné pour négationnisme et xénophobie en 2006.

La Cour d'appel a en effet à nouveau évoqué hier à Bruxelles cette affaire qui a vu deux jeunes Français résidant à Molenbeek, Abdel Rahman Ayachi, 28 ans, et Raphaël Gendron, 32 ans, être condamnés à dix mois de prison et à 15000 euros d'amende.

Malgré l'espacement des audiences devant la Cour d'appel, les plaignants, issus de la communauté juive, continuent à assister aux débats. Une quinzaine, retraités ou actifs, étaient encore présents jeudi, soutenus par le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme.

Avec l'affaire Assabyle.com, on est au coeur de l'idéologie radicale et islamiste qui alimente le terrorisme. Assimilée à un délit de presse, elle est condamnable en Belgique par la loi de 1981 contre le racisme et la xénophobie et celle de 1995 contre la négation et la minimisation du génocide par le régime national socialiste allemand.

Le site Assabyle.com avait pendant plusieurs années diffusé des textes appelant notamment "à la fin du peuple d'Israël" dénonçant "la puissance du lobby juif" ainsi qu'une séquence vidéo assimilant Adolf Hitler et l'ancien ministre israélien des Affaires étrangères David Levy, en bref le nazisme et le sionisme. Au gré des différents textes, les Juifs étaient décrits comme des "mécréants", des "porcs", des "sournois", des "singes", des "ambitieux", des "corrompus" - bref tout le vocabulaire le plus caricatural et le plus nocif de l'antisémitisme.

Trois jeunes à Molenbeek

L'un des textes, adressé à Nicolas Sarkozy et signé par le cheikh Bassam, le père d'un des inculpés, faisait aussi une apologie des attentats kamikaze. Un autre texte affirmait que "les Occidentaux sont tous pareils : leur conscience est pourrie et leur civilisation est trompeuse. Ils prônent une ruse appelée la démocratie, seuls les dupes y croient".

Tout cela était conçu à Bruxelles, dans les marges du Centre islamique belge (CIB), par trois jeunes, dont les deux condamnés en première instance. Jusqu'en 2002, une sorte de comité des sages choisissait les sujets et les images. Quand la presse s'est saisie de l'affaire, puis la justice, le site a été fermé. Tout le contenu - sauf la fameuse vidéo - est désormais hébergé au Pakistan sur le site ribaat.org . Une collecte de fonds y a même été organisée pour payer les frais de justice des deux Français.

Un document absent du dossier

En appel, la défense conteste plusieurs points, notamment le fait qu'un document paru sur le forum et traitant les Juifs de "chiens brûlés en enfer" ne se retrouve pas dans le dossier. L'avocat des inculpés, Me Sébastien Courtoy s'est plaint mercredi de ces atermoiements "après six ans de procédure". La Cour elle-même a réclamé un débat contradictoire sur ce que représentent certains termes utilisés par les avocats, comme l'étoile de David ou le sionisme. L'avocate générale Eliane Jockmans a estimé pour sa part que la constitution de partie civile, remise en cause par la défense, était parfaitement recevable. "Jugez cette affaire avec sérénité, mais aussi avec fermeté", a-t-elle dit aux juges.