Le 30 mai 2014, M. Michel était déjà certain de la culpabilité de Nemmouche. L’enquête a renforcé sa conviction.

C’était un appel inattendu et, pour ainsi dire, quasi inespéré. Le vendredi 30 mai 2014, en fin d’après-midi, six jours après la tuerie au Musée juif, le procureur fédéral en charge du dossier Bernard Michel est contacté par son homologue français. Celui-ci lui annonce qu’un voyageur vient d’être interpellé avec des armes de guerre à Marseille à la descente d’un bus de Bruxelles.

M. Michel, un vétéran de l’antiterrorisme, n’a pas beaucoup réfléchi. Il lui a posé quatre questions qui peuvent peut-être paraître saugrenues. L’homme détenait-il une casquette Nike ? Sa kalachnikov avait-elle une crosse repliable ? Était-il en possession d’une caméra GoPro ? Les semelles de ses chaussures étaient-elles claires ?

Le magistrat français n’était évidemment pas en mesure de répondre immédiatement à ces questions posées à brûle-pourpoint. Mais, à peine quelques instants plus tard, le magistrat français a rappelé M. Michel. C’était un "oui" à chacune des questions.

"J’ai su que l’auteur était arrêté"

Et là, a expliqué lundi M. Michel devant la cour d’assises, "j’ai su que l’auteur était arrêté", ce qui, a-t-il ajouté, était "un apaisement car l’on craignait une répétition d’un scénario à la Mohamed Merah", qui avait frappé trois fois avant d’être appréhendé.

Quatre ans et neuf mois plus tard, les certitudes de M. Michel n’ont en rien été ébranlées. Au contraire : "En 25 ans de carrière, j’ai rarement vu autant d’éléments à charge d’un prévenu qui persiste à nier", a dit M. Michel.

Pour le procureur fédéral, pour asseoir la culpabilité de Mehdi Nemmouche, il suffit de "jouer au Petit Poucet pour suivre les petits cailloux de l’accusé". Et, s’est-il empressé d’ajouter, "ce ne sont pas des miettes, ce sont de très belles briques" qui permettent de bâtir l’édifice de la culpabilité. Il a dénombré vingt-trois éléments à charge.

Sans aucun emportement, d’une voix calme et douce, le procureur fédéral les a égrenés. À peine a-t-il élevé la voix pour relever que Mehdi Nemmouche avait annoncé "un grand déballage mais se murera dans un silence indécent et provocateur".

M. Michel s’est en premier lieu attaché au timing. Mehdi Nemmouche est resté deux mois à Bruxelles, y vivant quasi clandestinement, ne reconnaissant que deux jours à Bruxelles quand on l’arrête à Marseille.

Il n’a pas d’alibi pour l’après-midi du 24 mai 2014, mais sa propriétaire le voit rentrer à son appartement 30 minutes après la tuerie, ce qui correspond au temps de trajet. Une fois rentré, dans la minute, il branche sur son ordinateur sa caméra, qui sera retrouvée collée sur sa veste à Marseille, ce qui corrobore les images de vidéosurveillance au Musée juif.

Expertisée en France, cette veste bleue, décrite par les témoins, est maculée par de résidus de tir au poignet et ne présente qu’un seul ADN : celui de Nemmouche. "À elle seule, cette veste supporte la culpabilité de Mehdi Nemmouche", a-t-il synthétisé.

Le procureur fédéral a poursuivi avec les armes, qui portaient les traces du seul Nemmouche, la vidéo de revendication, ses vantardises en prison, son séjour en Syrie et surtout le fait qu’il ait pu quitter la région qui allait devenir le califat de l’EI avec de l’argent et son passeport.

M. Michel s’est aussi senti "obligé" de répondre aux arguments de la défense, qu’il a voulu démonter un à un. Il voit dans son attitude un véritable "suicide judiciaire", car, une fois la culpabilité retenue, il faudra envisager la peine.

Bendrer, simple complice

M. Michel et le deuxième procureur fédéral, Yves Moreau, s’exprimeront mardi sur la culpabilité de Nacer Bendrer. M. Moreau a déjà dévoilé une partie de son jeu. Il ne réclamera pas la culpabilité en tant que coauteur mais seulement en tant que complice.

"Nous lui reprochons d’avoir fourni les armes et de n’avoir fourni que cela", a dit M. Moreau, précisant que c’est une aide accessoire et non indispensable. Cela ressort donc de la complicité. Ce n’est pas que sémantique : cela amoindrit la peine maximale.J. La.