Le concept revient à la mode. Mais le Conseil supérieur de l’emploi juge qu’il a un effet nul sur l’emploi.

L’idée revient à la mode. Mercredi encore, lors de la manifestation nationale, des calicots prônaient la réduction du temps de travail avec maintien du salaire et embauche compensatoire. Au Parti socialiste, le débat n’est pas clos, mais certains, comme Laurette Onkelinx récemment dans "La Libre", estiment que "la réduction massive du temps de travail devra entrer dans nos réflexions, c’est indispensable". Et chez Ecolo, on prône depuis longtemps le partage du travail disponible, à l’instar du plan Tandem dans le non-marchand.

Le rapport annuel que le Conseil supérieur de l’emploi (CSE) a publié jeudi risque de ne pas plaire aux partisans de ce concept. Le CSE, organe d’avis dont la composition est plutôt diversifiée sur l’échelle gauche-droite, s’y montre sévère pour la réduction du temps de travail (RTT), dont l’effet sur l’emploi serait simplement "nul".

La compensation salariale plombe la compétitivité

Dans le bref chapitre consacré à cette question controversée, le CSE souligne que, pour ne pas affaiblir la compétitivité des entreprises, les coûts unitaires de production ne devraient pas être majorés. En clair, cela signifie que la RTT ne peut donner lieu à une trop grande compensation salariale. Elle doit être, en tout cas, inférieure aux gains de productivité qu’elle peut induire (grâce notamment à la réorganisation des coûts de production). Pour le CSE, dans la majorité des études, l’effet estimé sur l’emploi est nul, parce que les salaires horaires ont tendance à augmenter à court terme, ce qui pèse sur la compétitivité. Les mesures de réduction générale du temps de travail, telle l’expérience française des 35 heures, ont été un relatif échec en termes de partage du temps de travail, mais aussi de compétitivité et de croissance, précisément parce qu’elles ont résulté en moyenne sur une augmentation du salaire horaire à court terme et à sa stagnation à plus long terme.

En Belgique, ajoutent les experts, le partage du temps de travail via le dispositif d’interruption de carrière prévoyait à l’origine des embauches compensatoires, qui ont aujourd’hui pratiquement disparu, notamment en raison de lourdeurs administratives. Plus fondamentalement, les politiques de partage du temps de travail reposent en partie sur l’hypothèse que les travailleurs sont substituables, ce qui n’est que partiellement le cas. Les politiques de prépension et de retraite anticipée faisaient le pari que les plus de 50 ans seraient facilement remplacés par des jeunes : cela ne s’est pas réalisé, constate le CSE.

A la lecture du rapport, la Fédération des entreprises de Belgique s’est réjoui que le CSE "brise, avec raison, le mythe selon lequel une politique de répartition du travail favorise la création d’emploi". Pour les patrons, "les emplois ne se créent pas sur commande et les travailleurs ne sont pas parfaitement interchangeables. L’interaction entre durée du travail et rémunération n’est par contre pas remise en question".