L'opacité. Voilà comment, en un mot, on pourrait résumer le système mis en place dans l'affaire Schneider-Cofibel-Cofimies.

Comme l'explique un proche du dossier, l'objectif était de ne pas jouer le jeu de la transparence (via des sociétés offshore notamment) pour faire remonter des fonds destinés à financer une croissance coûteuse de Schneider. On peut faire le rapprochement avec ce qui s'est passé avec Swissair.

Au centre de l'affaire, il y a donc le groupe industriel français Schneider-Spep qui mène une politique de «croissance pour la croissance». Il est présidé par Didier Pineau-Valencienne, lui-même conseillé à l'époque par un certain... Jean-Marie Messier (celui-là même qui a acquis une réputation de mégalomane du temps où il dirigeait Vivendi).

Les faits remontent au début des années 90. Spep-Scheider est alors présent en Belgique via la participation de 60pc qu'il détient dans Cofibel, lui même actionnaire à 80pc de Cofimines. En 1992, il annonce une OPA sur ces deux sociétés à portefeuilles cotées à la bourse de Bruxelles. Les prix proposés sont jugés insuffisants par les actionnaires minoritaires qui se regroupent au sein d'un comité de défense. Le prix est majoré mais continue à être jugé trop faible. En mars 1993, le président du tribunal de commerce de Bruxelles suspend l'OPA suite à une requête des actionnaires minoritaires, qui voulaient des renseignements supplémentaires sur Cofimines. En avril 1993, les minoritaires qui suspectent des malversations financières déposent plainte notamment contre M. Pineau-Valencienne, patron de Schneider et président des conseils de Cofibel et Cofimines. Quelques mois plus tard, les prix des OPA sont à nouveau majorés et cette fois acceptés. Seul, l'un des actionnaires minoritaires, André de Barsy, s'y oppose.

Des perquisitions opérées en septembre 1993 permettent de découvrir toute la comptabilité du groupe et d'un certain nombre de structures cachées. En 1996, André de Barsy se constitue partie civile. Où est l'escroquerie? Selon les plaignants, la société Cofimines a été spoliée par sa maison-mère à plusieurs niveaux. Schneider lui a vendu des actions Arbed à un cours de 30pc au-dessus du cours de bourse visiblement pour gonfler ses comptes. Autre anomalie: la kyrielle de sociétés qui n'apparaissent pas ou partiellement dans le bilan de Cofimines alors qu'économiquement, elles lui appartiennent. En clair, on sous-évalue le portefeuille de Cofimines pour faire remonter le cash vers Schneider. Le troisième volet touche PB Finance, une filiale de Cofibel-Cofimines également cotée. Elle prend une participation dans le groupe verrier italien Sirix qui tombe en faillite deux ans plus tard. Selon certaines estimations, Cofimines a été lésé pour 3,6 milliards d'anciens francs belges. Tout cela via une construction très opaque...

© La Libre Belgique 2006