Dans son discours de Noël, il a pointé le "sentiment de colère" d’une partie de la population. Analyse.

Il y a eu les attentats de Bruxelles, de Nice, de Berlin… L’actualité internationale est dramatique, en Syrie, en Irak, en Libye ou dans le Sahel notamment. En Belgique, la crise économique semble interminable.

"Les événements de l’année écoulée, en Belgique, en Europe et ailleurs dans le monde, sèment le doute sur l’avenir, a commenté le roi Philippe lors de son discours de Noël prononcé samedi à 13 heures. Trop de jeunes pensent que leur vie et celle de leurs enfants sera moins bonne que celle de leurs parents, pointe-t-il en exemple. Ce sentiment d’incertitude, de désarroi, de colère même, peut aussi mener à une perte de confiance dans les institutions." Les allusions aux victoires du Brexit au Royaume-Uni et de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine sont évidentes.

L’institution monarchique fragilisée

Au sein de l’Union européenne aussi, en France, en Autriche, en Pologne ou encore en Hongrie, les populismes ont le vent en poupe. "Pourtant je veux vous adresser aujourd’hui un message d’espoir", a poursuivi le Roi. Parce qu’il sait bien que la Belgique n’est pas à l’abri des mêmes phénomènes. On le voit : les extrêmes cartonnent dans les sondages d’opinion. Le PTB est à 18 % en Wallonie, le Vlaams Belang à 12 % en Flandre. L’institution monarchique elle-même n’échappe pas non plus à la tempête.

Le 15 novembre, jour de la fête du Roi, "Le Soir" publiait un sondage réalisé par la KUL (Université de Louvain). La principale leçon que l’on pouvait en tirer était que les Belges sont de moins en moins monarchistes. Il apparaissait entre autres que les Wallons ne sont aujourd’hui plus que 37,9 % à faire confiance au Roi, contre 65,3 % il y a dix ans. Presque par définition, l’appel lancé par Philippe, chef de l’Etat, en faveur des institutions traditionnelles concerne aussi sa propre fonction.

Une note d’espoir

Face à la morosité ambiante et à la montée des populismes, le Roi ponctue son discours par une note d’espoir. "Je vois des hommes et des femmes qui osent interagir avec sincérité et vérité. […] Je vois […] de nombreux exemples de solidarité et de générosité. […] Je vois […] quantité de jeunes et de moins jeunes qui ont compris que pour réussir, il faut avoir le courage de recommencer", énumère-t-il, encourageant, comme souvent dans ses prises de paroles, la jeune génération à persévérer dans l’effort et à prendre son destin en main.

"Tous ces exemples expriment la volonté de construire une société où l’on se soutient les uns les autres. […] Ils montrent qu’une société plus chaleureuse est à notre portée." Et - on y revient - "je suis convaincu qu’ils peuvent aussi créer une dynamique qui enrichit l’action de nos institutions et qui renforce la confiance dans les fondements de notre démocratie."


Le discours royal

"Mesdames et Messieurs,

Pour beaucoup d’entre nous les fêtes de Noël et de Nouvel An sont un moment de bonheur. Les rues et les places illuminées créent une ambiance de fête. Dans les foyers règne la joie de se retrouver, d’être ensemble. Malheureusement cela ne vaut pas pour tout le monde. Pour beaucoup, ce sont des jours difficiles. Je pense aux personnes seules, à celles qui sont malades, à toutes celles qui portent de lourds fardeaux. Je pense à tous ceux qui ont perdu un être cher. Et cette année en particulier aux victimes des attentats de Bruxelles et de Zaventem, et à leurs proches.

Les événements de l’année écoulée, en Belgique, en Europe et ailleurs dans le monde, sèment le doute sur l’avenir. Nombre de personnes sont inquiètes pour leur emploi, leur revenu, leur sécurité. Trop de jeunes pensent que leur vie et celle de leurs enfants sera moins bonne que celle de leurs parents. Trop de personnes âgées se demandent si elles seront encore en mesure de suivre les évolutions en cours. Ce sentiment d’incertitude, de désarroi, de colère même, peut aussi mener à une perte de confiance dans les institutions.

Et pourtant je veux vous adresser aujourd’hui un message d’espoir. Partout dans le pays, la Reine et moi sommes impressionnés par de remarquables projets dans lesquels des citoyens s’investissent sans compter et qui motivent d’autres à s’engager également.

Je vois des hommes et des femmes qui osent interagir avec sincérité et vérité. J’ai ressenti cela moi-même lors d’une visite récente dans une maison d’accueil qui offre un environnement familial à des adultes ayant des déficiences mentales. Se rencontrer sans préjugés et avec tendresse, reconnaître les fragilités de l’autre en même temps que les siennes propres. J’ai été bouleversé par l’énergie que cela libère en soi. La douceur est une force.

Je vois aussi de nombreux exemples de solidarité et de générosité. Dans des camps de vacances qui rendent leur sourire à des enfants victimes de maltraitances et de harcèlements. Dans des familles qui accueillent chez elles des personnes exclues. Dans des projets qui rassemblent des personnes de générations et d’origine différentes. Beaucoup n’hésitent pas à sacrifier leur confort pour se rapprocher de l’autre.

Je vois enfin quantité de jeunes et de moins jeunes qui ont compris que pour réussir, il faut avoir le courage de recommencer. Ils refusent de rester en marge de la société. Ils ne se résignent pas. Ils comprennent que réussir, c’est aussi vouloir le succès de l’autre et accepter son aide. Je pense à ceux qui saisissent les mains tendues pour apprendre, pour reprendre leurs études, pour trouver un emploi. Je pense à ces retraités qui se lancent dans de nouveaux projets porteurs de sens. Et aux plus âgés qui acceptent d’être aidés sans y voir une perte de dignité.

Mesdames et Messieurs,

Tous ces exemples expriment la volonté de construire une société où l’on se soutient les uns les autres dans l’épreuve et où l’on s’entraide à réussir. Ils montrent qu’une société plus chaleureuse est à notre portée. Ils méritent une plus grande visibilité. Je suis convaincu qu’ils peuvent aussi créer une dynamique qui enrichit l’action de nos institutions et qui renforce la confiance dans les fondements de notre démocratie. C’est ce que je souhaite, de tout cœur, pour notre pays et pour l’Europe en cette veille de l’année 2017.

Mesdames et Messieurs,

La Reine et moi et toute notre famille vous souhaitons une joyeuse fête de Noël et une bonne et heureuse nouvelle année."