Le documentaire de Sophie Peeters a fait l'effet d'une bombe. La jeune étudiante dénonce le sexisme de rue si fréquent qu'il est aujourd'hui "banalisé". Mais depuis ce travail de fin d'études, le sujet est moins tabou, les langues se délient.

"C'est la différence entre savoir quelque chose et s'en rendre compte. Le mérite du documentaire est d'avoir révélé le phénomène aux hommes", constate François De Smet, philosophe et directeur Promo Jeunes, sur le plateau de Mise au point (RTBF). "Au fond, nous-mêmes l'avons presque banalisé. Ce reportage a fait reprendre conscience de tout ce qu'on trouve insupportable", remarque pour sa part Joëlle Milquet, la ministre de l'Intérieur et de l’Égalité des chances.

Comment en est-on arrivé là ?

Pour Alain Destexhe (MR), "pendant des années on n'a pas voulu voir ce phénomène car il est trop sensible". La difficulté est, pour lui, de mettre ce sujet sur la table sans que cela soit mal interprété. Il fait d'ailleurs remarquer qu'à deux reprises Sophie Peeters se sent obligée, dans son reportage, de dire qu'elle n'est pas raciste. "On l'a banalisé aussi parce qu'il n'y avait jamais de suivi. La justice n'a peut-être pas voulu reconnaître qu'il y avait un problème", explique Freddy Thielemans, le bourgmestre de Bruxelles. Il assure par ailleurs que "c'est plus un problème social que de communauté".

Pour Julie R, co-directrice de Hollaback !, le sexisme n'est "pas une spécificité belge". "Nous sommes présents dans de nombreux pays donc ce n'est pas lié à une seule culture" assure-t-elle alors que les invités étaient interrogés sur un possible lien entre ce phénomène et la communauté arabo-musulmane. Joëlle Milquet dénonce un problème fondamental qui pour elle a toujours été présent et ce dans toutes les sociétés: l'instrumentalisation de la femme. Elle donne en exemple la répartition des tâches ménagères "qui reste encore aujourd'hui très sexuée". "De tout temps la femme a peur et c'est un problème important et universel" poursuit-elle.

Que faire ?

Les autorités bruxelloises ont décidé de sanctionner les injures sexistes à coup d'amendes allant de 75 à 250 euros selon la gravité. Le système est en ce moment en test à Ixelles et Bruxelles. Le bourgmestre de la ville Freddy Thielemans se félicite d'ailleurs que quatre amendes aient été distribuées en une semaine. Mais la journaliste Myriam Leroy, invitée en tant que témoin et victime du sexisme, ne se dit pas convaincue par le procédé. "Je n'ai jamais vu le moindre agent dans les endroits où je me suis faite insultée", assure-t-elle. Bertrand Du Buisseret est sanctionnateur à Ixelles, autrement dit il est chargé de déterminer le degré de gravité des injures, pas seulement sexistes, et, le cas échéant, de sanctionner. Pour sa part, il est "un peu dubitatif". Il craint en effet "qu'il n'y ait pas beaucoup de flagrant délit".

Pour Fatoumata Sidibé, député bruxelloise FDF, "on ne change pas une mentalité par des lois". D'un coté, "il faut travailler sur l'éducation", et de l'autre, "il est important que les femmes apprennent à être respectées".