Feu! La cellule d'enquête sur les tueries du Brabant, dite aussi cellule de Jumet, vient de tirer l'une de ses dernières cartouches en dévoilant, mardi soir sur VTM et sur la RTBF (La Libre du 30/10), un portrait-robot supplémentaire (quinze avaient déjà été proposés au public en deux vagues, en 1997 et 1998).

Qui est la personne à rechercher? Bien sûr, on ignore son identité. Mais sa physionomie a été relevée en octobre 1983 par un témoin donné par les enquêteurs comme très fiable, près de l'abbaye d'Aulne, à Landelies. Une vive altercation avait opposé l'individu en cause et ce témoin, un carrossier. Lequel avait également remarqué que la VW Golf conduite par le suspect, rouge à l'origine, avait été repeinte en noir. Ce qui correspond parfaitement à ce qu'on sait par ailleurs de cette voiture utilisée par les `tueurs fous´, volée à l'auberge des `Trois canards´ le 2 octobre 1983, à Ohain, le patron de l'établissement ayant été abattu.

Autre élément particulier: à cette occasion, la banquette arrière de la Golf manquait, un adulte de grande taille se trouvant à même le plancher, une jambe immobilisée par une attelle.

Cette Golf GTI est décidément intéressante: elle sert aux tueurs le 7 octobre 83 au Delhaize de Beersel (un mort) ainsi que le 1er décembre suivant à Anderlues (un couple de bijoutiers mis à mort). Bizarre: à Beersel, les tueurs ont `débarqué´ la banquette arrière de leur Golf, retrouvée 3 jours plus tard seulement. Qui a remarqué la `banquette errante´, à l'époque? Ou une Golf sans banquette? De plus, l'auto, flanquée à l'époque d'un autocollant `I love Australia´, a été vue à Namur dans un parking Renault (rue de Fer) le 6 octobre, mais aussi à Jambes, les 7 et 8 octobre 1983, rue de l'Etoile et avenue Materne.

Le tueur en série, c'est lui

Bref, le suspect principal était d'allure sportive, mesurait environ 1,80m et devait être âgé de 30 à 35 ans, dévoile maintenant la justice. Or le témoin est de surcroît formel: il avait revu le même individu à l'`autosécurité´ de Lobbes, quelques semaines plus tard, alors qu'il y présentait une voiture de marque ignorée portant une plaque `marchand´. L'intérêt? En 1983, les automobilistes ne pouvaient, rapporte la cellule d'enquête de Jumet, choisir le lieu où ils passaient le contrôle technique, chacun des centres homologués ayant une couverture géographique bien précise. Notre infographie détaille celle de l'établissement d'inspection de Lobbes.

Conclusion, incertaine mais vraisemblable: le suspect de 1983 habitait ou avait des attaches dans cette zone, du reste centrale par rapport à de nombreux faits liés à la première vague des tueries, qu'ils se soient produits au tout proche bois de Hourpes, à Maubeuge (en France mais à moins de 25 km), à Anderlues, à Wavre (armurerie Dekaise), à Plancenoit, etc.

C'est sur l'ensemble de ces éléments que la justice espère donc obtenir du public des renseignements neufs. Certes, c'était il y a 20 ans. Or la mémoire... Mais les enquêteurs tablent sur la précision des nouveaux détails pour, qui sait, la raviver chez certains.

Quoi qu'il en soit, le personnage ciblé par le portrait-robot (qui n'a pas pu être vieilli artificiellement) serait bel et bien `le´ tueur de la bande et son chef. Un tueur en série, prédateur plutôt que comploteur? La Libre révélait le 11 septembre dernier pourquoi c'est vraisemblable. Un tueur froid et calculateur? L'apparence peut-être trompeuse: si le nouveau portrait montre une personne tranquille, il faut savoir que le même individu a sans doute été dépeint par les autres témoins qui avaient donné lieu à la réalisation des portraits-robots n°4,10, 12, 14 et 15, déjà diffusés. Un visage beaucoup moins tranquille...

L'ensemble des portraits-robots est disponible sur le site de la cellule de Jumet http://www.killersbrabant.be/, laquelle est par ailleurs joignable au 071.25.83.03.

© La Libre Belgique 2002