Et dire que certains hommes politiques affirment que la proximité des élections régionales et européennes du 13 juin 2004 n'a aucune influence sur la vie politique nationale! Vendredi soir, dans une interview à la RTBF et à la VRT, le président du VLD, Karel De Gucht, a annoncé que si le prochain congrès du VLD (les 6 et 7 février) le décidait, son parti se retirerait du gouvernement pour marquer son opposition à l'attribution du droit de vote aux étrangers non-Européens. Même s'il a nuancé ses propos en soirée, la menace est bien là.

Pour rappel, la proposition de loi qui étend le droit de vote a déjà été approuvée au Sénat. La discussion doit à présent être entamée en commission de la Chambre où elle devrait être votée prochainement. Le sujet est très sensible: si la proposition est soutenue par tous les partis francophones, elle ne l'est, au Nord du pays, que par les socialistes flamands. Tous les autres partis s'y opposent: le Blok bien sûr, mais aussi le CD&V et le VLD. Après le vote au Sénat, le président du VLD, Karel De Gucht, avait déjà déclaré qu'il s'opposerait par tous les moyens à cette proposition. Le président du VLD a toujours affirmé qu'il était partisan de cette disposition à titre personnel mais que son parti s'y opposerait parce qu'une majorité de Flamands n'y est pas favorable. On sait qu'en Flandre circulent différents sondages contradictoires: les uns tendent à démontrer qu'il y a une majorité de «pour», les autres que les Flamands sont plutôt «contre». Le sujet est très délicat au VLD qui a déjà perdu des plumes sur sa droite. En Flandre, l'échiquier politique est totalement différent de celui que l'on connaît en Communauté française. S'il y a un mouvement vers le centre, voire vers la gauche au Sud du pays, les partis politiques du Nord sont plutôt attirés vers la droite.

Lors de la précédente législature, cette disposition ne faisait pas partie de l'accord de gouvernement. Pour éviter de mettre les libéraux flamands en difficultés, Louis Michel avait demandé à ses parlementaires de bloquer le projet. Mais dans la nouvelle charte qui lie libéraux et socialistes, il est précisé clairement que cette matière est confiée au Parlement et ne doit pas être une question de gouvernement.

Apparemment, les libéraux flamands s'en moquent. Ils sont persuadés que l'extension de ce droit de vote favorisera le Blok. Dès lors, le VLD va même jusqu'à menacer les francophones de représailles politiques: si ce droit de vote passe, les Flamands pourront provoquer seuls la scission de l'arrondissement électoral de Hal-Vilvorde.

Lors du congrès du VLD de la fin de semaine, la question sera à l'ordre du jour, à la demande d'un groupe d'Anversois, hostiles au projet. Et il n'est pas exclu qu'une motion demande à Guy Verhofstadt et à ses ministres VLD de se retirer du gouvernement au cas où la proposition serait votée. Ce serait la fin de la coalition violette qui unit libéraux et socialistes. Le calcul est risqué. L'histoire démontre en effet que le parti qui provoque une crise gouvernementale n'en retire jamais de bénéfice électoral.

Mais des stratèges libéraux n'en sont pas persuadés. D'autant qu'une crise gouvernementale provoquerait des élections fédérales en même temps que les élections régionales et européennes. N'est-ce pas là une simplification que tout le monde attend? D'autres affirment que le Premier ministre, Guy Verhofstadt, trouverait dans cette chute anticipée une porte de sortie honorable pour briguer la présidence de la Commission européenne.

Reste à voir enfin quelle sera l'influence d'un nouveau groupe de libéraux progressistes (Génération 2016) qui s'est constitué au VLD. Feront-ils pencher la balance en faveur du maintien du parti au gouvernement?

© La Libre Belgique 2004