Le vote de l’interdiction de la burqa et du nijab prévu jeudi en plénière à la Chambre n’a pas, on s’en doute, eu lieu mais le débat global sur le port du voile et des signes confessionnels est loin d’être clos; l’on pourrait même dire qu’il ne fait que commencer.

Ce samedi 24 avril, entre 10 et 12 h, il y aura ainsi devant la Bourse de Bruxelles une mobilisation contre les signes confessionnels à l’école co-organisée par le Réseau d’action pour la promotion d’un Etat laïque, la section belge de Ni putes, ni soumises et l’association Karima insoumise et dévoilée.

On lira aussi avec intérêt l’ouvrage consacré à la question par la députée régionale bruxelloise Viviane Teitelbaum (MR). Présidente du comité d’avis pour l’égalité des chances entre les hommes et les femmes du parlement francophone bruxellois, elle a procédé à un large tour d’horizon européen des règles en vigueur et qui vont des "accommodements raisonnables" à des interdictions plus ou moins fermes selon les pays et les lieux officiels.

"C’est la prestation de serment - voilée - de Mahinur Ozdemir au parlement bruxellois qui m’a amenée à m’investir dans ce dossier. Au nom de mes engagements comme femme mais pas uniquement car l’enjeu est bien plus large puisqu’il englobe la question des droits de l’Homme. C’est aussi le débat de la multiculturalité. Bref, c’est un élément majeur du vivre ensemble."

Pour Viviane Teitelbaum, le dossier du voile est d’autant plus complexe que ses approches sont parfois contradictoires : "En France, on a osé légiférer en partie alors qu’aux Pays-Bas la discussion est confisquée par l’extrême droite. Il y a aussi le détournement politique des accommodements raisonnables. Que dire des tribunaux de la charia en Grande-Bretagne ? On ne peut pas tout accepter; le voile est plus qu’un bout de tissu; c’est un enjeu fondamental pour l’égalité hommes-femmes et donc pour la démocratie."

Pour Viviane Teitelbaum, "l’école a un rôle essentiel à jouer car il y a un immense travail pédagogique à accomplir". Et d’insister sur l’initiation aux valeurs démocratiques. "Lorsque Mahinur Ozdemir ou Fatima Zibouh disent que le port du voile est leur choix, elles détournent l’attention de son véritable enjeu. Le respect de tous doit l’emporter sur une décision personnelle. Je me reconnais donc aussi très bien dans le combat des femmes algériennes et c’est pourquoi j’ai aussi interviewé Djemila Benhabib qui mène le difficile combat contre les intégristes." Sa conclusion ? "Faisons le pari de la liberté pour tous. Nous devons nous battre pour revendiquer pour les femmes musulmanes ce à quoi nous aspirons et estimons avoir droit pour nous-mêmes. Pourquoi accepterait-on de certains imams ce qu’on a dénoncé chez les curés ou chez les rabbins ? Pourquoi cherche-t-on à se rendre sympathique auprès de ceux qui nous considèrent comme des putes si nous ne sommes pas vierges ?"

"Quand l’Europe se voile", Viviane Teitelbaum, Editions La Muette, 15 €