ENTRETIEN

Professeur en sciences politiques à l'Universiteit Antwerpen, Stefaan Walgrave est intervenu jeudi soir à la Chaire Francqui, à l'UCL, sur le thème: «La communication politique, clé de la réussite du Vlaams Blok/Belang».

Un Flamand sur quatre vote pour le Vlaams B. Comment expliquer ce succès?

La première clé pour le comprendre, ce sont les enjeux et l'attention médiatique qu'on leur accorde. Quand on analyse les programmes électoraux du parti, deux thèmes s'imposent: la lutte contre la criminalité, sur le modèle du «law en order» (la loi et l'ordre), et l'immigration. L'importance qui leur est attribuée est grande et constante depuis les années 90. C'est aussi vrai pour les motivations des électeurs du Vlaams Blok: quand, par une question ouverte, on leur demande pourquoi ils votent pour ce parti, ils mentionnent toujours la sécurité et l'immigration. Ces deux thèmes sont très clairement la propriété exclusive du Blok/Belang en Flandre. C'est un cas d'école.

Aucun autre parti belge ne s'identifie de cette manière à un thème, même pas les «verts» par rapport à l'environnement.

Et le nationalisme? Chaque congrès se termine par «België barst», que la Belgique crève.

Mais le Vlaams Blok n'est pas le propriétaire du thème nationaliste. Le programme du parti fait beaucoup de place au nationalisme, même plus que pour l'immigration et la criminalité, mais l'électeur du Vlaams Blok / Belang ne considère pas qu'il vote nationaliste. Dans les motivations de l'électorat du Blok, il n'y a presque pas de références au nationalisme. Il y a donc un grand écart entre les cadres du parti, clairement ultra-nationalistes, et ses électeurs, qui ne sont pas poussés par le nationalisme. Les enjeux du Blok sont typiquement d'extrême droite ou de droite populiste.

Comment la presse s'est-elle comportée face au Blok?

Sur base d'une analyse des médias flamands entre 1991 et 2000, on constate qu'ils ont accordé graduellement plus d'attention à ces thèmes dans les années 90. Il y a donc un lien statistique très fort entre l'attention médiatique par rapport à la criminalité et l'immigration et le succès du Vlaams Blok. Cela nous a surpris.

Le succès du parti serait-il la faute aux médias?

Il faut rester très prudent. On pourrait dire que les médias flamands ont, en donnant plus d'attention à ces deux thèmes, propulsé le Vlaams Blok. Certes, il y a un lien, mais on n'est pas sûr de la direction de la causalité. Il est bien possible que les médias aient anticipé la croissance du Blok et les sentiments de la population, au moment même où le Vlaams Blok, à cause de ces mêmes sentiments, était en train de croître. Mais toutes les analyses faites en reprenant les journaux télévisés, les émissions politiques et les talk-shows le montrent clairement: le Vlaams Blok est discriminé dans la presse flamande. Il n'était pas possible de nier tout à fait le Vlaams Blok, vu que ce parti représente un quart de l'électorat flamand. Mais, dès le début, en 1991, le Blok a eu beaucoup moins de place que les autres partis en comparaison avec son résultat électoral et le traitement de l'information a été beaucoup plus critique. Il y avait vraiment une forme de cordon sanitaire.

Il y a tout de même eu des interviews de cadres du Blok.

Oui, mais même quand on leur donne la parole et qu'ils peuvent exposer leurs arguments, l'interview est systématiquement plus courte. Il faut aussi noter que dans les programmes d'«infotainment», le cordon sanitaire médiatique est absolu: aucun membre du Vlaams Blok/Belang n'a jamais été invité à «De Laatste show».

© La Libre Belgique 2005