S’il y a un endroit où l’insouciance est de mise dans notre beau pays, c’est le Zoute. Terre de vacances, terre vivifiante pour les bambins, terre de retraite, terre sportive grâce à ses tennis, ses pistes de vélo, ses promenades et ses golfs, le Zoute tient à sa réputation de cité “sélect”. Elle a raison : un public, national et international, tient à cette spécificité. Le Zoute, c’est le Deauville français, voire Biarritz, les traces impériales en moins. Le Zoute c’est notre Monte-Carlo, sans les princes, même si les Lippens fondateurs d’un rêve centenaire avec les Piers de Raveschoot, y tiennent le rôle de souverains discrets, avec le bourgmestre en garde-chiourme.

Puis il y a le casino, construit en 1929-30 par l’architecte Léo Stijnen, fief d’une autre famille illustre du monde zoutois : les Nellens. Entre ces deux pôles il y a un art de vivre tout en charme, esprit familial, détente et sport, espace, nature et villas de type normand ou contemporaines.

Le Zoute c’est aussi “le paraître”. Il y a les magasins de luxe, pour s’habiller comme à “Saint-Trop”. Cela donne aux chalands un reflet de leur ego et de leurs qualités, vraies ou factices. Surtout, on y trouve des galeries d’art contemporain, presque autant qu’à Bruxelles, et quelques antiquaires ou marchands de tableaux comme les Berko. Cela occupe l’esprit. Le Zoute fait la preuve d’une réussite sociale.

A l’opposé, on trouve l’église des Dominicains et son cloître très peuplé lors des vacances d’été, alter ego de Saint-Michel à Bruxelles; les loden précèdent les blazers bleus à boutons dorés sur pantalons rouges. Les Dominicains vivent dans le vieux Zoute depuis des lunes, quand cette zone n’était qu’un amas de cristaux jaunes. Quelques murs de l’église datent de 1642. Mais le bâtiment fut remonté en partie en 1926 et 1927 par Jozef Viérin, grand responsable de la reconstruction d’Ypres.

Les hommes en aubes blanches partagent une partie de cette longévité avec les Lippens. Ces derniers eurent en effet un aïeul ingénieur qui, en 1800, acheta 2500 ha à un prince de Croÿ qui en avait bien plus du côté de Beveren-Waas, jusqu’à l’Escaut.

Il faut regarder les cartes postales anciennes sur le site internet des Delcampe pour prendre conscience qu’il y a deux cents ans, et cent ans encore, tout ceci n’était qu’un désert de sable. Il n’y avait rien à y faire, sauf pour des inconscients fortunés ou des audacieux. Les Lippens étaient les deux.

Il leur vint l’idée de proposer aux vacanciers habitués d’Ostende et du Coq de changer d’air et de vivre dans une nouvelle cité-jardin inspirée de la mode anglaise. La Compagnie du Zoute était née. Nous avons évoqué naguère la création d’Héliopolis par les Empain; ceci tient de la même eau. Parmi les 2500 ha on trouve le Zwin naguère encore propriété des Lippens. Les dunes, ici et ailleurs, sont des collines mouvantes par essence, piquées d’oyat aux racines traçantes; elles permettent de maintenir les massifs de sable. On aura une pensée pour les immortelles qui sentent bon le curry en plein été.

Mais un peu en retrait ce sont les massifs d’argousiers qui servent d’abri à une faune nombreuse où l’homme ne s’aventure guère de peur d’être transpercé bien plus méchamment que par de l’aubépine. Et tant qu’à évoquer la flore, comment ne pas citer les haies de ligustrum qui limitent tant de jardins et de pistes cyclables. Ses fleurs, blanches, pâles et discrètes, odorantes comme des bouquets de jasmin, dégagent une odeur prenante, évocatrice des douceurs de l’enfance.

Les Dominicains sont sans doute le cœur vibrant du village où les sentiers s’entremêlent comme le font les branches de peupliers qui se plient sous les vents, sans rompre jamais et qui une fois coupées sont aussitôt replantées pour combler le départ des trop vieux arbres. Le Zoute est comme une cité-jardin d’où l’on voudrait voir partir les automobiles pour n’y entendre que les oiseaux, les cris des enfants, respirer l’air empli de sel et de cet iode si bénéfique.