Ce n'est plus vraiment une surprise, le nombre d'exploitations agricoles actives dans notre pays a encore diminué en 2005. Selon les données compilées par l'Institut national de statistique (INS) en effet, la Belgique ne comptait plus en 2005 que 51140 exploitations contre 53221 l'année précédente. Une diminution légèrement plus marquée en Wallonie (17109 exploitations, soit une baisse de 3,4pc) qu'en Flandre (34410 exploitations, soit une baisse de 3pc). La superficie agricole utilisée sur l'ensemble du territoire reste pour sa part relativement stable puisqu'elle est passée de 1393788 ha à 1385582 ha (-0,6pc).

Entamée il y a plusieurs années, la phase de restructuration du monde agricole se poursuit donc et risque bien de durer quelque temps encore. «Ce sont les conséquences de la révolution intervenue dans la Politique agricole commune en 2002, commente René Vansnick, conseiller au service d'études de la Fédération wallonne de l'agriculture (FWA). Il y a de nombreux agriculteurs qui arrivent en fin de carrière et qui précipitent leur départ car ils n'ont plus envie de réapprendre toutes les nouvelles modalités d'application de la Pac.» Et si la taille des exploitations tend à s'agrandir, poursuit M.Vansnick, ce n'est pas parce que l'on assiste à une «industrialisation de l'agriculture», mais plutôt parce que la rentabilité de celles-ci diminue. «A partir du moment où le revenu par hectare est en baisse, il vous faut immanquablement plus de superficie pour maintenir les rentrées financières.»

Mutations

Les évolutions futures, estime-t-il, dépendront de la politique agricole qui va être menée. Peut-être la reconnaissance de la fonction d'agriculteur sortira-t-elle du cadre de la seule production des denrées alimentaires... «Si on estime que l'agriculture joue un rôle dans la gestion de l'environnement, immanquablement on finira par payer l'agriculteur pour rester en place et assumer ce rôle. La piste des cultures à vocation énergétique est sans doute aussi une nécessité pour nos marchés.»

En attendant, l'année 2005 aura en tout cas été globalement stable au niveau des différents types de cultures; certaines variations s'expliquant par les aléas climatiques et les contingences économiques. C'est surtout, selon lui, en 2006 que risquent de se marquer certaines tendances liées à la réforme de la Pac, puisque les aides sont, depuis le début de l'année 2005, indépendantes du volume et du type de production. La réforme intervenue fin novembre dans le secteur sucrier devrait également faire ressentir ses premiers effets.

Au niveau des élevages bovins, la situation est là aussi globalement stable, observe pour sa part Yves Somville, responsable du service d'études de la FWA. Le nombre de porcs et de volailles élevés en Wallonie est de son côté en légère hausse (respectivement 365693 porcs soit +2,6pc et 5182800 têtes de volailles soit +6,5pc) alors qu'il diminue quelque peu en Flandre (5952518 porcs soit -0,8pc et 30385744 têtes de volailles soit -4pc). Un déplacement tout relatif de la production du nord vers le sud du pays que l'on observe depuis 2000. «Cela s'explique notamment par la nette chute du prix des céréales qui a poussé les céréaliers wallons à valoriser ces cultures en les utilisant pour produire de la viande blanche et, d'autre part, par le fait que la Flandre est confrontée à des problèmes de disponibilité en superficie d'épandage. En Wallonie, il reste une certaine marge, mais qui ne sera pas extensible à l'infini», explique M.Somville.

Et d'ajouter qu'au-delà de la dimension belgo-belge, les débats qui se profilent sur la baisse des tarifs douaniers dans le cadre des négociations avec l'Organisation mondiale du commerce seront fondamentaux pour l'avenir des productions agricoles européennes.

© La Libre Belgique 2006