Belgique

Mai 1965, campagne pour les élections législatives. Convaincu que «quand on vend un produit, il faut prouver aux gens qu'ils doivent l'acheter», Paul Vanden Boeynants, alors président du Parti social-chrétien, a importé des Etats-Unis et d'Allemagne les nouvelles techniques du marketing politique. Il a aussi suivi des cours de télégénie et applique dans la petite lucarne cette idée, ô combien révolutionnaires: parler aux gens leur propre langage.

En un temps où la plupart des politiciens ont un langage boiseux et un look muraille de commis greffiers, cela détonne. S'y ajoute une traduction du sigle du parti que ne renieraient pas certains de ses «refondateurs» actuels: PSC veut alors dire qu'on est fait «Pour Se Comprendre». Mais las!, la propagande orchestrée par Pierre Jonnart échoue finalement sur ce talon d'Achille qu'est la solidarité avec le gouvernement sortant Lefèvre-Spaak, devenu des plus impopulaires.

La sanction est rude, tant pour le camp chrétien que pour le socialiste (en recul respectivement de 19 et 20 sièges à la Chambre), et tout profit pour les libéraux (+ 28) et les partis linguistiques en pleine émergence. Après un éphémère gouvernement Harmel-Spinoy, démissionnaire en février 1966, VDB entre en scène, s'étant trouvé rapidement des atomes crochus avec le wonder boy bleu Omer Vanaudenhove.

Le nouveau chef du gouvernement a promis un «style nouveau» et la priorité aux assainissements budgétaires, poursuivis à l'aide des pouvoirs spéciaux. Churchillien, il annonce, dans un message télévisé du 9 janvier 1967: «Dans les jours et semaines qui viennent, des décisions importantes tomberont; j'ignore si elles seront toutes populaires, mais je sais qu'elles sont indispensables».

DU FRIGIDAIRE À LA CHAUDIÈRE

Mais de ces années, on retiendra surtout la vaine tentative de «mise au frigo»

des questions communautaires. Comme l'observe alors Albert du Roy dans «La guerre des Belges» (publié début 1968 au Seuil), le cessez-le-feu a été mieux accueilli dans l'opinion publique, où la lassitude est grande, que dans une classe politique où beaucoup rêvent, au contraire, d'en découdre. Ainsi un député wallon a-t-il annoncé au Premier ministre que «son frigidaire se transformera en chaudière et qu'elle éclatera».

Quand s'embrase l'Université de Louvain, où le mouvement flamand réclame le départ de la section française, VDB croit circonscrire l'incendie en renvoyant la balle aux autorités de l'Alma Mater, puis part se reposer à Las Palmas. Le redoutable député Jan Verroken, dont les imitations par Stéphane Steeman font la joie des téléspectateurs, ne l'entend pas de cette oreille et annonce une interpellation. La coalition implose.

L'ex-Premier ne tardera pas à tirer les leçons de son échec. Dès 1968, des rumeurs, confirmées depuis, affirment qu'il est en négociation avec Vanaudenhove pour préparer ce qu'on appellerait de nos jours une «recomposition du paysage politique». «Ils ont évolué assez parallèlement, nous confiait il y a peu Jacques Van Offelen, qui fut ministre des Affaires économiques sous VDB. Ils poursuivaient un même but et l'affaire de Louvain a été un drame pour l'un comme pour l'autre. Après les élections de 1968, Vanden Boeynants aurait pu redevenir Premier ministre. Il a refusé parce qu'il espérait pouvoir se consacrer à la création d'un grand parti qui aurait absorbé une partie du PLP». Par la suite, le manager en politique rêvera d'une constellation plus large encore d'hommes «modérés, lucides, décidés», et prêts à s'émanciper des diktats de leur parti

Mais si la carrière ministérielle de VDB n'est pas terminée, il ne sera plus l'hôte du Seize que le temps d'un bref gouvernement de transition, en 1978-1979. Pour lui comme pour bien d'autres, l'Histoire n'aura pas repassé les plats.

© La Libre Belgique 2000