C’est une année spéciale pour la communauté arménienne de Belgique. Il y aura cent ans, le 24 avril prochain, que les premières rafles contre les intellectuels arméniens débutaient dans l’empire ottoman déclinant, prélude à un génocide effroyable qui fit près de 1,5 million de morts.

Ces chrétiens vivaient à l’est du plateau anatolien (dans l’actuelle Turquie) et au nord de la Mésopotamie (là où sévit maintenant l’Etat islamique).

Pour commémorer cet anniversaire, les descendants ont choisi de faire connaître leur culture. Jusqu’à la fin de l’année, des concerts, colloques et expositions sont programmés. Ce choix est un pari, celui de convaincre l’Etat turc de reconnaître ce génocide dont les victimes sont sans sépultures. Celui aussi d’inciter les pouvoirs politiques belges à inscrire le génocide dans les manuels scolaires. "C’est par la culture que l’âme s’éveille", justifie, en paraphrasant Thomas Mann, Grégoire Jakhian, président de l’assemblée des représentants du Comité des Arméniens de Belgique.

Trente mille Belges sont d’origine arménienne, dont 70 % à Bruxelles et dans le Brabant flamand. Avant 1915, ils excellaient dans le diamant, le tapis et les cigarettes.

Une priorité : combattre le négationnisme

La communauté arménienne n’entretient pas de relations avec les autorités turques de Belgique "sauf sur un plan personnel" et regrette qu’Emir Kir, condamné au civil pour négationnisme, soit toujours le bourgmestre de Saint-Josse. Elle regrette aussi "le manque de tact absolu " de la direction d’Europalia qui a programmé, cette année, un Europalia Turquie. Mais l’humeur est davantage à la réconciliation qu’aux escarmouches verbales. Car, depuis quelques années, la Turquie remet progressivement en question la thèse négationniste. Près de 30 000 Turcs ont signé une pétition demandant une révision de l’histoire officielle turque. Europalia a promis d’inclure des éléments de la culture arménienne dans ses expositions.

Ankara souffle, en fait, le chaud et le froid, explique Christian Vrouyr, président exécutif du Comité. D’une part, il dépêche un artiste arménien pour le représenter à la Biennale de Venise; de l’autre, son président Erdogan propose de commémorer la bataille de Gallipoli, le 24 avril.

Ce jour-là, à Bruxelles, une cérémonie de recueillement aura lieu au Mémorial du génocide au square Henri Michaux, après une messe requiem à l’église arménienne. Une manifestation suivra l’après-midi pour réclamer des députés belges qu’ils votent l’extension au génocide arménien d’une loi de 1995 punissant le négationnisme.


Les points forts

Heavy metal - concert du groupe arméno-américain System Of A Down à Forest National. Sold out (16/4).

Jazz - concert de Tigran Hamasyan et du Yerevan Chamber Choir (interprétation de la musique religieuse arménienne) à l’abbaye de la Cambre (22/4).

Commémoration - Messe de requiem, cérémonie du souvenir, colloque sur le génocide, manifestation à Bruxelles (24/4).

Musique classique - concert de l’Orchestre national de Belgique et des solistes Maxim Vengerov (violon), Sergei Nakariakov (trompette) et Mischa Maisky (violoncelle) au palais des Beaux-Arts de Bruxelles (26/4).

Cinéma - Le réalisateur d’origine arménienne Atom Egoyan fait une master class et présente son film "Ararat" aux Beaux-Arts (4/5).

Expo - Les artistes contemporains Sarkis et Paradjanov à la Villa Empain, du 24/9 au 17/1/2016.

Plus d’infos sur le site www.armencom.be