Est-ce l’effet du bouche à oreille, une réponse à un besoin grandissant ou une alternative au licenciement dans une période de trouble économique ?

Toujours est-il que les différents congés inscrits dans la loi, et ils se sont multipliés au cours des 20 dernières années, connaissent - à une tout petite exception près - une progression unanime.

Ce constat, c’est le Conseil national du travail (CNT) qui le pose, dans un avis publié il y a un mois. Un constat sans équivoque. Les congés de circonstance ("le petit chômage") ont vu le nombre de leurs bénéficiaires augmenter de 32,2 % entre 2006 et 2008.

Le crédit-temps de + 22,38 %. Le congé parental de 34 %. Le congé pour soins palliatifs de 19,69 %. Le congé pour soins à un membre de la famille gravement malade de 60 %. Le congé de maternité (oui, même le congé de maternité) de 12 %. Le congé d’allaitement de 2,7 %. Le congé de paternité de 10 %. Seul finalement, le congé d’adoption séduisait moins en 2008 qu’en 2006 : - 7 %.

Mais cela concerne un petit nombre de bénéficiaires. A peine plus de 200.

Cette hausse a un coût pour la collectivité. Car si, dans certains cas (pour le petit chômage notamment ou les trois premiers jours du congé de paternité), l’employeur assure un revenu au travailleur pendant son congé, c’est en général un organisme de sécurité sociale qui couvre les revenus de remplacement.

L’Office national de l’emploi (Onem) a versé 370 millions d’euros pour le crédit-temps en 2008 alors que ce montant dépassait à peine 300 millions en 2006.

Même constat en ce qui concerne le congé de maternité : l’Institut national de l’assurance maladie-invalidité (Inami) y a consacré 349 millions en 2006 et 391 millions en 2008.

Ce n’est pas la seule interrogation. Loin de là. Ces congés se sont multipliés. Ils ont été introduits dans l’arsenal social belge par les ministres successifs, qui pouvaient ainsi accrocher une médaille au revers de leur veste.

Mis bout à bout, ils constituent une véritable jungle. Le Conseil national du travail épingle d’ailleurs dans son rapport les risques de chevauchement qui existent entre les différentes formules. Exemple : le congé parental peut doublonner avec le congé pour soins palliatifs et le congé pour soins à un membre de la famille gravement malade en cas de maladie grave de l’enfant.

Tant les employeurs que les syndicats, tous les deux réunis au Conseil national du travail, ont l’air de s’inquiéter de cette complexité. Pour le coût qu’elle peut engendrer. Pour les conséquences qu’elle peut avoir sur la présence au travail. Les autorités publiques ont d’ailleurs elles-mêmes bien pris conscience qu’un peu d’ordre dans l’arsenal actuel des congés thématiques ferait le plus grand bien.

Le Sénat a initié la réflexion. Le gouvernement s’invite désormais à sa discussion. Mais avec des ambitions plus mesurées qu’au départ. "L’idéal, explique la ministre de l’Emploi Joëlle Milquet (CDH), c’est de faire une grande réforme des congés pour aboutir à une forme de compte épargne-temps où les travailleurs capitaliseraient du temps libre tout au long de leur carrière. C’est intimement lié à tout le débat sur les carrières et singulièrement sur la fin de carrière. Mais je crois que nous n’aurons pas le temps de mener ce vaste chantier. La crise nous prend toute notre énergie."

A défaut d’une réforme de grande ampleur, la ministre affiche 3 priorités : une extension du congé de deuil (lire ci-contre), une amélioration du congé d’adoption pour le rapprocher sensiblement du congé de maternité et l’instauration d’un congé pour garder un enfant malade.

"Evidemment, cela aura un impact budgétaire", reconnaît la ministre. Où trouver l’argent ? "Il a été convenu entre nous , poursuit Joëlle Milquet, que les moyens seraient dégagés dans le budget aujourd’hui utilisé pour l’ensemble des congés." En clair, il faudra "rester dans l’enveloppe". Joëlle Milquet pourrait déjà déposer ces propositions en février au Sénat.