Les carburants "verts" dans l'ornière
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Les carburants "verts" dans l'ornière

Gilles Toussaint

Publié le - Mis à jour le

éclairage

Un an après l'arrivée officielle du biodiesel sur le marché belge, c'était normalement au tour du bioéthanol (incorporé en faible proportion à l'essence) de faire son apparition dans les stations-service ce lundi 1er octobre. Dans les faits, il n'en est rien. Et la distribution des biocarburants - aussi appelés agrocarburants - dans notre pays semble condamnée à patauger un bon moment encore. Voici pourquoi.

1Les usines belges de production d'éthanol ne sont pas prêtes. Tant à Wanze qu'à Gand, où doivent s'établir les deux plus importantes unités de production du pays, les chantiers ont pris d'importants retards. Des retards dont la responsabilité est en partie imputée au gouvernement fédéral qui a tardé dans la désignation des producteurs agréés, laissant des délais trop courts à ces derniers pour réaliser leurs infrastructures.

Du côté de BioWanze, on explique que l'usine devrait être opérationnelle au second semestre 2008, le temps notamment de mettre parfaitement au point la chaudière biomasse qui sera alimentée par l'enveloppe des céréales (le son) utilisées pour produire l'éthanol et qui doit fournir la quasi-totalité de l'électricité nécessaire au processus de production.

Du côté de Gand, le responsable d'Alco Bio Fuel précise pour sa part que l'unité de production sera prête en avril 2008. "On construit des usines de biodiesel et d'éthanol un peu partout en Europe. Les fournisseurs d'instruments clés et les bureaux d'ingénieurs sont débordés".

2 La flambée du prix des matières premières agricoles ne remet-elle pas ces projets en cause ? Il est clair que cette hausse influence le coût de production des carburants "verts" qui, à la base, est déjà supérieur à celui des carburants fossiles. Pour autant, ni le projet gantois ni celui de Wanze ne sont remis en question à l'heure actuelle, nous assure-t-on, arguments à l'appui.

D'une part, parce que les prix historiquement élevés des céréales ne devraient pas perdurer durablement à ce niveau, selon les experts du secteur. "Il y a eu une spéculation assez forte. Bon nombre de gros acheteurs ont mal anticipé l'évolution des prix et ne se sont pas couverts au moment où c'était nécessaire. Aujourd'hui ils sont obligés de se couvrir à n'importe quel prix", commente Charles-Albert Peers, qui pilote le projet Alco Bio Fuel. "Le prix actuel n'est donc pas un prix de marché objectif pour des projets industriels élaborés sur une période de cinq ou dix ans". De plus, estime encore M. Peers, le niveau important de défiscalisation accordé au bioéthanol par le gouvernement devrait permettre d'absorber en partie la hausse du prix des céréales.

Du côté de Wanze, on souligne en outre que l'usine aura la capacité de fonctionner avec deux matières premières : le froment et les betteraves. Ce qui devrait permettre pour partie de "lisser" la hausse des prix. De plus, les résidus résultant de la production d'éthanol serviront d'aliments pour le bétail, se substituant de la sorte aux céréales qui sont actuellement utilisées à cette fin. Conclusion : "Notre projet repose sur une assise suffisamment large que pour pouvoir encaisser les fluctuations".

Enfin, ajoute un autre observateur, la hausse frappe également les produits pétroliers, ce qui vient quelque peu rééquilibrer la balance en faveur de la compétitivité des agrocarburants.

3 Concrètement, que peut-on trouver à la pompe aujourd'hui ? Pas grand-chose en fait. Autorisée depuis le 1er novembre 2006, la distribution de biodiesel demeure limitée. Cela s'explique par le fait que le prix des huiles végétales utilisées pour produire ce diesel "vert" a lui aussi flambé. "L'impact sur le coût du produit fini est beaucoup plus important que pour l'éthanol car la défiscalisation est moindre. L'économie du système n'est donc pas très attractive pour les pétroliers", explique M. Peers. Des pétroliers qui ne sont pas légalement obligés de distribuer ces carburants "verts".

Quant à l'éthanol, à défaut de production, on ne devrait pas en trouver à la pompe avant plusieurs mois. Et pas question d'en importer puisque le cahier des charges fixé aux producteurs agréés impose des critères de proximité géographique pour l'approvisionnement.

A l'heure actuelle, la situation profite donc surtout aux caisses de l'Etat, puisque pour compenser la défiscalisation accordée aux agrocarburants afin d'inciter les pétroliers à les incorporer dans leurs produits, le gouvernement a en effet relevé légèrement les accises sur les carburants fossiles.

4 Le mélange pourrait-il devenir obligatoire ? L'hypothèse circule dans les couloirs. Mais elle se heurte à un obstacle juridique de taille, explique un spécialiste du dossier. Selon les termes de la législation européenne, une incorporation obligatoire ferait de facto tomber les mesures de défiscalisation. L'attrait des biocarburants "made in Belgium" s'estomperait donc considérablement par rapport à ceux produits au Brésil, par exemple.

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