Dissuasives, la prison, les amendes, les peines de travail ? A première vue, pas vraiment… La première étude scientifique sur la récidive en Belgique montre que plus d’un condamné sur deux ramasse ensuite un nouveau bulletin de condamnation, pour des faits similaires… ou pas.

Deux chercheurs de l’Institut national de criminalistique et de criminologie (INCC), Benjamin Mine et Luc Robert, ont analysé la récidive de l’ensemble des condamnés de l’année 1995 (soit une cohorte de 136 530 personnes) jusqu’en novembre 2013 sur base du casier judiciaire central où sont enregistrées toutes les condamnations.

Les grands criminels

Résultat global : 78 691 personnes (soit 57,6 %) ont remis le couvert au cours de cette période de 18 ans. Ces récidivistes ont écopé, ensemble, de 405 781 nouvelles condamnations - ce qui montre, à suffisance, le poids de la récidive pour le système judiciaire.

Mais cela ne veut évidemment pas dire que plus de la moitié des grands criminels repassent à l’acte sitôt libérés, ni qu’ils commettent systématiquement de nouveaux actes irréparables. Ce serait même plutôt l’inverse…

Exemple : si 78 des 158 condamnés initialement pour meurtre se sont fait à nouveau connaître par la suite, un seul d’entre eux a commis un nouvel homicide volontaire. Idem pour les homicides involontaires : 196 des 466 condamnés de départ ont de nouveau eu maille à partir avec la justice, mais seuls quatre d’entre eux ont récidivé pour le même type de faits.

Changement de catégories

Autre indication qui tempère une conclusion trop hâtive : sur les 136 530 personnes condamnées considérées par l’étude, plus de 92 000, soit plus des deux tiers (68 %), sont concernés par des faits de roulage. Sur la période considérée, plus de la moitié d’entre eux (57 %) ont commis de nouveaux délits et, dans 45 % des cas, il s’agit de nouvelles infractions de roulage. Autrement dit, les chauffards et autres fous du volant sont les plus incorrigibles des récidivistes.

Dans d’autres catégories de faits, les condamnés replongent dans la délinquance, mais pas forcément dans la même catégorie des faits.

Ainsi, les chercheurs ont montré que les auteurs de vols avec violence présentaient le plus haut taux de récidive (75 %) mais seuls 10 % (212 sur 2062) commettent à nouveau le même type de faits.

S’agissant des infractions relatives aux stupéfiants, 69 % des 5 403 condamnés de 1995 ont reçu un bulletin de condamnation ultérieur, dont 18 % pour récidive en matière de drogue.

Sans surprise, les femmes sont largement minoritaires dans la cohorte des condamnés puisqu’elles ne sont que 21 717 (16 %) de la population de référence en 1995. Elles sont aussi nettement moins susceptibles de récidiver (37,6 %) que les hommes (61,6 %).

Manque cruel

Cette première étude trace donc les fondements de l’établissement de statistiques de récidive, dont la Belgique manquait jusqu’ici cruellement. Les condamnations à des peines et mesures sont souvent présentées comme des remèdes à la délinquance. Mais imagine-t-on administrer un médicament sans en connaître les effets; sans être certain qu’il aidera le malade à guérir plutôt que d’aggraver son mal ?, interroge très justement l’Institut national de criminalistique et de criminologie.

C’est pourtant bien la pratique en Belgique, qui est un des derniers pays d’Europe occidentale à ne pas disposer de statistiques générales sur la récidive, mais uniquement de quelques études sectorielles.

Du pain sur la planche

Les chercheurs insistent aussi sur les limites de leur étude réalisée à partir des données du casier judiciaire central qui est loin d’être exhaustif. Un important processus de sélection a lieu avant le prononcé d’une décision judiciaire; seule une fraction des infractions aboutit à une condamnation judiciaire.

Reste que des condamnations sont prononcées et exécutées sans qu’on puisse estimer leurs effets probables sur la récidive. Dans quels cas vaut-il mieux prononcer une peine de prison ou de travail ? Un sursis (la peine est prononcée mais pas exécutée) ou une suspension du prononcé (qui n’apparaît pas au casier judiciaire) ? Est-il préférable d’accorder une libération sous conditions ou de laisser le détenu aller à fond de peine ? Vaut-il mieux décider d’une surveillance électronique ou ordonner un suivi psychothérapeutique ? Jusqu’ici, on navigue à vue en Belgique : les effets de ces quelques alternatives ne sont pas connus, souligne l’INCC. Il reste pas mal de pain sur la planche.