Si vous faites un tour des palais de justice du pays ou des cabinets d’avocats et que vous demandez à vos interlocuteurs juristes de quel ministre ayant œuvré au département de la justice ces trente dernières années ils gardent le plus mauvais souvenir, on vous fiche notre billet que le nom de Marc Verwilghen reviendra dans un nombre écrasant d’occurrences.

Tout auréolé de sa présidence de la Commission parlementaire d’enquête Dutroux, dont les résultats furent pourtant tout sauf déterminants, le libéral flamand crut qu’il allait casser la baraque. A l’arrivée : un échec cuisant dont les effets se font encore ressentir aujourd’hui.

Difficiles d’entrée de jeu, ses relations avec les juges, du siège comme du parquet, se sont sans cesse détériorées. Incapable de dialoguer avec les hommes de terrain, M. Verwilghen lança moult projets sans la concertation suffisante pour les faire aboutir et sans se soucier de leurs implications budgétaires. Ainsi moururent des idées souvent séduisantes sur le papier.

Certes, sous son "règne" naquit le Conseil supérieur de la justice ; le parquet fédéral fut installé et la lutte contre le crime organisé connut des avancées ; la corruption privée devint un délit ; les peines alternatives furent reconnues comme peines autonomes ; la protection pénale des mineurs devint réalité ; les victimes reçurent un accès plus aisé au dossier pénal ; les rémunérations des magistrats de première ligne furent rehaussées. Marc Verwilghen eut même le courage politique de faire modifier la loi sur l’emploi des langues en matière judiciaire.

Mais à sa sortie de charge, les prisons débordaient ; le moral du ministère public était au plus bas ; à Bruxelles, l’arriéré judiciaire avait atteint des sommets jamais vus ; les relations avec le Conseil supérieur de la justice étaient on ne peut plus tendues, le CSJ ayant vu nombre de ses avis, pourtant pertinents, snobés par un ministre qualifié de têtu au sein même de son cabinet.

Plusieurs de ses idées s’étaient allégrement "crashées", comme la procédure accélérée, son projet de loi portant réponse au comportement délinquant des mineurs, les projets sur les repentis, le rôle actif du juge, les quotas dans les prisons, etc.

En avril 2003, "La Libre" se demandait comment M. Verwilghen avait réussi à se mettre à dos tous les professionnels du monde carcéral ; à démotiver largement son administration ; à faire descendre dans la rue des centaines d’avocats excédés de voir l’aide légale partir en quenouille ; à fâcher l’ensemble de la profession des experts en matière pénale ; à irriter les spécialistes de l’aide à la jeunesse, inquiets d’une dérive "sécuritaire"

Nous avions tenté de répondre à la question, en soulevant d’abord des circonstances atténuantes, car M. Verwilghen avait trouvé sur sa route des obstacles dressés par Ecolo souvent et le PS parfois, mais aussi par ses propres amis du VLD, qui démontrèrent souvent que la justice n’était pas leur priorité et le lui firent savoir, notamment en lui coupant les vivres. Mais nous avions relevé aussi combien M. Verwilghen était resté prisonnier d’une image qu’il n’avait pu ni honorer, ni estomper et avait été victime de son caractère pusillanime et velléitaire.

Depuis, il n’y a certes pas de motifs de s’émerveiller car bien des carences subsistent et éclatent même au grand jour. Mais voir l’hôpital se moquer de la charité est toujours une source d’étonnement.