C’est un grand classique du bras de fer droite-gauche qui se rejoue à chaque exercice budgétaire : faut-il plutôt réduire les dépenses de l’Etat ou augmenter ses recettes ? La vice-Première ministre PS Laurette Onkelinx faisait valoir après la publication, la semaine dernière, des dernières estimations effectuées par le comité du monitoring que les dépenses étaient sous contrôle, mais que, hélas, les rentrées d’argent dans les caisses de l’Etat sont moins importantes que prévues. Ce qu’elle expliquait par le fléchissement de la situation économique. Et de plaider, une nouvelle fois, pour un léger ralentissement du rythme de l’assainissement budgétaire. En creux, le message de la vice-Première socialiste est clair : on ne peut plus trop toucher aux dépenses de l’Etat, ce serait contre-productif, on est déjà " à l’os ". Les libéraux n’ont pas la même vision des choses. Ils jugent que l’assainissement des finances publiques ne souffrirait aucun ralentissement et qu’il ne pourra se réaliser en augmentant des impôts déjà particulièrement élevés en Belgique. C’est donc, à leurs yeux, du côté des dépenses qu’il faut aller gratter. Où il y a encore du " gras ". Mais comment les départager ? Voici quelques éléments.

1. Les dépenses publiques en augmentation constante.

Si, comme le faisait remarquer Laurette Onkelinx, les dépenses restent dans les prévisions, il n’empêche qu’elles ont tendance à augmenter structurellement. Dans un récent rapport, la Banque nationale a même indiqué que les dépenses publiques avaient atteint en 2012 " un niveau historiquement élevé ". Elles représentaient 50,5 % du Produit intérieur brut. Soit une augmentation de 0,7 % par rapport à l’année précédente malgré les mesures d’économie prises par le gouvernement fédéral pour revenir à l’équilibre. Ces mesures d’économie n’ont cependant pas été inutiles. Sans elles, l’augmentation des dépenses aurait probablement été plus forte puisque, toujours selon la Banque nationale, elle se montait en moyenne à 2,6 % par an depuis 2000. On voit par exemple que les dépenses ont davantage augmenté en Belgique depuis 2007 que dans la plupart des autres pays européens (voir l’infographie). Ce qui ne manque pas d’inquiéter la Banque nationale. Laquelle écrit noir sur blanc que " la nette accélération de la croissance des dépenses primaires par rapport à celle du PIB est intenable ".

2. Les coupes dans les dépenses inéquitablement réparties.

Entre 2000 et 2012, les différentes composantes de la Belgique ont accru ses dépenses à un rythme moyen comparable, entre 2 et 3 % par an. Mais elles n’ont pas mené les mêmes efforts pour tenter de corriger le tir. L’Etat fédéral a sérieusement sabré dans ses dépenses courantes l’an dernier - en réduisant notamment le nombre de fonctionnaires de 3 à 4 %. Mais le budget de l’Etat ne représente que 9 % de l’ensemble des dépenses publiques. En revanche, le budget de la sécurité sociale, qui pèse 22 % des dépenses publiques, a augmenté l’an dernier de 2,2 % - notamment sous l’effet du vieillissement de la population. En 2012, année électorale, il y a par ailleurs eu une hausse de 2 % des dépenses dans les communes et de 1,3 % dans les entités fédérées. Il y a d’ailleurs fort à parier que le gouvernement fédéral décide cette fois-ci de faire porter une partie de l’effort aux Communautés et aux Régions. Il a déjà identifié une série de compétences - les compétences dites usurpées - qu’il finance à concurrence d’un milliard alors qu’elle relève des entités fédérées. Il menace de supprimer ce soutien partiellement. En faisant valoir qu’il ne doit pas être seul à supporter l’effort. Mais les entités fédérées ont déjà répliqué qu’elles financent des politiques du fédérale elles aussi. Ce qui complique la donne, c’est que les partis au fédéral ne sont pas les mêmes que dans les Régions et les Communautés. La N-VA et Ecolo sont absents du fédéral, mais présents dans les exécutifs fédérés. On va vers le bras de fer.

3. Des avis divergents sur le rythme de l’assainissement.

La hausse des dépenses peut avoir sa justification économique. Certains défendent l’idée que c’est précisément à cause de cette hausse, et singulièrement de l’augmentation des dépenses sociales qui sert d’amortisseur à la crise, que la Belgique ne s’en est jusqu’à présent pas trop mal sortie des turbulences économiques. Ce sont aussi en général ceux qui craignent qu’une austérité trop rapide alimente la récession au lieu de la combattre. Mais d’autres sont sceptiques. L’économiste en chef de l’institut Itinera Ivan Van de Cloot estime pour sa part que " la Belgique n’a pas une grande marge de manœuvre " car elle est confrontée à une dette publique importante de plus de 100 % du PIB et détenue pour la moitié par des étrangers; que, depuis l’introduction de l’euro, elle ne peut plus dévaluer sa monnaie pour renforcer sa position concurrentielle; que le système politique belge a été incapable de faire des efforts en période plus faste et n’a pas encore mené d’importantes réformes structurelles - sur le plan des pensions notamment - pour assurer sa solvabilité à long terme. Pour l’économiste, la seule possibilité d’assouplir la rigueur, c’est de s’intégrer dans une coordination budgétaire au niveau européen.