On attendait du sang et des larmes, le budget 2016 de la Wallonie sera, selon le gouvernement wallon (PS-CDH), une nouvelle fois indolore pour le citoyen. Les coalisés devaient trouver 375 millions € pour continuer à espérer atteindre le retour à l’équilibre en 2018. Si lors de ces dernières semaines, les chiffres erronés de l’administration fédérale des Finances et l’impact du taxshift fédéral posaient manifestement problème aux ministres wallons, les choses ont été réglées de deux manières. Les chiffres des Finances sont arrivés et l’impact du taxshift qui pourrait peser sur le budget 2017 à hauteur de 300 millions € devra être pris en charge par le fédéral : "Il serait bien que le fédéral finance ses propres mesures", a ainsi déclaré le ministre-Président wallon, Paul Magnette (PS).

Modification de la législation sur les "ancêtres"

Cela dit, afin de combler les trous de ce budget 2016, les ministres wallons ont pris un certain nombre de décisions pour générer des recettes supplémentaires "sans créer de nouvelles taxes", précise le ministre du Budget Christophe Lacroix (PS). Un montant de 10 millions devrait être engrangé via une diminution des droits de donation immobilière entre vifs. On peut se demander comment une diminution des montants peut engendrer des recettes supplémentaires ? "Il y aura plus de donations. Actuellement, les droits de donation sont proches des droits de succession. Une diminution suscitera un intérêt. C’est comme cela que ça s’est passé en Flandre", explique le vice-Président CDH du gouvernement, Maxime Prévot. Il sera donc à l’avenir plus intéressant financièrement (pour l’héritier) de donner un immeuble à ses héritiers, de son vivant.

Par contre, une autre mesure qui doit générer de nouvelles recettes (5 millions) devrait déplaire aux amateurs de véhicules qualifiés "d’ancêtres" (plus de 25 ans). En effet, à partir de 2016, la législation wallonne évoluera puisqu’il faudra attendre 30 ans pour qu’un véhicule soit qualifié "d’ancêtre". Quelque 15 000 véhicules seront ainsi impactés - car ne bénéficieront plus de la réduction de taxe. Toujours au rayon recettes, la taxe au kilomètre pour les poids lourds devrait rapporter 155, 6 millions €.

Le gouvernement procédera aussi à des réductions de dépenses via ces inimitables corrections techniques, révisions des charges de la dette et réduction des crédits ministériels décidés et bien utiles lors de chaque budget.

Grâce à cela, le gouvernement wallon pourra aussi garantir toute une série de nouvelles politiques comme la mise en place d’un parcours d’intégration obligatoire (10 millions €), des aides aux agriculteurs (4,8 millions €), le lancement du plan infrastructure (75 millions €), la politique nouvelle des Villes (10 millions €) ou le plan numérique du plan Marshall (50 millions €).

Pour le MR dans l’opposition en Wallonie, le budget wallon est cependant "sans envergure avec la satisfaction du devoir accompli". "C’est cousu de fil blanc : l’équilibre en 2018, la Région wallonne n’y parviendra pas, contrairement aux annonces récentes !", explique Pierre-Yves Jeholet, chef de groupe. Le MR craignant que les impacts du tax shift du fédéral soient utilisés par le gouvernement wallon en 2017 pour reporter son retour à l’équilibre.