Au forceps : voilà comment patrons et syndicats avaient accouché d’un accord interprofessionnel (AIP) à la fin de l’année dernière. Un accord interprofessionnel qui, pour rappel, limite l’évolution salariale au cours des deux prochaines années à la seule indexation à laquelle l’employeur devra cependant ajouter un chèque de 125 euros en 2009 et un autre de 250 euros en 2010.

L’AIP est, pour l’instant, traduit dans chaque secteur professionnel avant d’être appliqué dans les entreprises. Cela ne passe pas toujours comme une lettre à la poste. Certaines négociations sectorielles sont même plutôt laborieuses. C’est le cas des pourparlers en cours dans la commission paritaire 218 - une commission sectorielle fourre-tout qui concerne plus de 300 000 employés. Mercredi, les syndicats ont claqué la porte. Ils veulent notamment que le bonus salarial de 125 euros et 250 euros soit versé intégralement à tous les travailleurs et pas au prorata du temps de travail. Mais les employeurs calent. Des actions pourraient être menées.

Et ce n’est pas le seul secteur où la question du versement du supplément salarial a été posée. Elle l’a été dans tous les secteurs où le nombre de travailleurs à temps partiel est élevé. Durant des semaines, la négociation dans le secteur de la grande distribution a achoppé sur ce point. Même écueil dans le secteur du métal. Un accord a finalement été signé. Mais il est dénoncé par les métallos wallons et bruxellois de la FGTB, qui ont décrété une grève, lundi 15 juin. Une action qui est vertement critiquée par les autres syndicats, y compris les Métallos flamands.

Peut-on déjà avoir une idée de la façon dont l’accord interprofessionnel est traduit dans les différents secteurs ? Oui. Certes, certains d’entre eux n’ont toujours pas de convention. Les grands secteurs financiers - banques ou assurances - qui ont été durement touchés par la crise boursière n’ont, par exemple, toujours pas entamé la négociation. Mais dans la plupart des secteurs on est déjà loin. Parfois même, les signatures ont déjà été apposées : il y a eu un accord dans la grande distribution, l’industrie alimentaire, la chimie, les constructions métalliques, les secteurs énergétiques, la logistique, l’industrie du verre, la construction et l’on annonce comme imminente la conclusion d’un accord dans l’Horeca.

Difficile de tirer une constante dans tous ces accords qui reflètent forcément les particularités des secteurs. Mais il y a quand même une tendance : l’éco-chèque qui, sur le modèle du chèque-repas, est une forme alternative de rémunération que les travailleurs utiliseront pour se procurer des produits ou des services écologiques (voir liste ci-contre). L’idée émane, dit-on, de Thomas Leysen, l’actuel président de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB). Elle avait été intégrée dans l’AIP. Elle trouve aujourd’hui un écho favorable dans les secteurs. Sous réserve d’inventaire plus complet, l’éco-chèque est prôné en guise d’amélioration du pouvoir d’achat dans la chimie (pour les ouvriers), le métal (pour les ouvriers), la grande distribution, la logistique (pour les employés), le verre, probablement l’Horeca ainsi que dans une série d’autres plus petits secteurs. A noter toutefois que dans bien des cas, il est permis aux entreprises, après concertation avec la délégation, de décider une autre formule que l’éco-chèque, par exemple, une augmentation de la valeur faciale des chèques-repas ou l’instauration d’une assurance hospitalisation. Mais ce sera moins dans l’air du temps.