Les élèves écrivent-ils encore correctement à la main ? La question ressemble aux neiges d’antan et aux interrogations qui brassent les regrets éternels. En Belgique francophone cependant, il est malaisé d’y répondre. Aucune étude récente ne permet d’objectiver un état des lieux. Si l’on s’appuie sur une étude de 2007 commandée par la marque de fourniture scolaire Pelikan, on peut affirmer que 30 % des élèves ont des problèmes d’écriture. 

Et que 10 % ont besoin d’une aide extérieure pour renouer avec l’apprentissage de l’écriture. D’autres recherches européennes plus récentes confirment ces chiffres. Mais aucune donnée ne permet de confirmer une détérioration ou une amélioration de la maîtrise de l’écriture au fil des années.

Si l’on s’appuie sur les observations des enseignants, des logopèdes, des graphologues ou des chercheurs, les ressentis se confirment cependant : les enfants et les adolescents écrivent moins facilement qu’auparavant.

Les enfants bricolent moins

Les causes de telles difficultés sont multiples. "A la maison, explique Marie-Jeanne Pétiniot, psychopédagogue à la Haute école Albert Jacquard et directrice de l’espace Pygmalion, notamment orienté vers la prise en charge des troubles d’apprentissage, les enfants bricolent moins qu’auparavant. Ils exercent moins leur doigté et leur psychomotricité fine. Cela se ressent dans l’écriture que ce soit pour tracer les lettres, ou même pour tenir correctement le stylo." "Il n’y a pas d’études en la matière, mais on peut en effet penser qu’un enfant qui bricole régulièrement aura une meilleure maîtrise de son doigté qu’un autre qui joue sur une console ou qui regarde la télévision", ajoute Marie Van Reybroeck professeure en sciences de l’éducation à l’UCL.

A l’école également, l’écriture serait moins entraînée. En cause, l’avènement des photocopies et des écrans qui s’imposent progressivement. "Cela dépend des écoles, mais on observe une sollicitation moindre qu’auparavant de la psychomotricité fine dans l’enseignement maternel, précise Klara Leclercq, administratrice de l’Académie de graphologie et de graphothérapie (l’Acadeg). En primaire, certains enseignants exercent les élèves à la calligraphie, mais cela est très inégal et dépend de chaque école. Du côté francophone du pays, de surcroît, on ne propose plus de modèle d’écriture. En Flandre, en France ou ailleurs, les enseignants reçoivent un modèle de lettres que les élèves doivent apprendre à tracer avant d’acquérir une écriture plus personnelle. Cela facilite l’apprentissage, mais ce n’est plus le cas chez nous."

L’ absence d’une vraie formation des enseignants

En Fédération Wallonie-Bruxelles, il n’y a aucune chance que l’apprentissage de l’écriture manuscrite soit banni des programmes : ses atouts (voir ci-contre) font consensus. On passe cependant moins de temps qu’auparavant à former les enseignants en la matière. "Et c’est problématique dans le sens où l’écriture est un mode d’expression de soi. Si on dit à un élève qu’il écrit mal, mais que dans le même temps on ne parvient pas à l’aider à écrire convenablement, il pourra en souffrir toute sa vie", met en garde Véronique Persoons, maître-assistant au département pédagogique à la Haute école Louvain en Hainaut.