Le sénateur MR Alain Destexhe, «coupable» donc de s'être ému publiquement du vol commis la semaine dernière au Groupe interforces antiterroriste (GIA), a décliné mardi l'invitation faite par son président de parti, Didier Reynders, de quitter le MR. La polémique remet en lumière l'éternel débat sur la liberté de parole et d'action dont bénéficient les parlementaires, surtout ceux de la majorité.

Le rôle des élus est double: faire les lois et contrôler le pouvoir exécutif. En principe, chaque élu est libre d'agir en totale liberté pour défendre les intérêts de la Nation. «En réalité, explique Pascal Delwit, professeur de sciences politiques à l'ULB, la logique est celle d'une action collective dans le cadre d'un groupe politique et d'un parti. Il doit y avoir une forme de loyauté gouvernementale dans l'action comme dans les votes, même si l'on admet une certaine liberté de vote pour les questions éthiques. Toutefois, aujourd'hui, les formes d'indiscipline sont rares.» Cette obéissance ne limite-t-elle pas l'initiative parlementaire? «Il faut tenir compte de la réalité du système belge. Il peut y avoir des passes d'armes, mais sans un minimum de discipline, la Belgique serait ingérable. C'est déjà assez compliqué comme cela...», indique Pascal Delwit.

Voter, contrôler

Faut-il réduire Alain Destexhe au silence? L'élu a senti le vent du boulet tiré par Didier Reynders; il n'est pas question de quitter le MR. «Je suis loyal à l'égard du MR. Tous les jours, je vote des lois avec lesquelles, comme tous les parlementaires de mon parti, je ne suis pas toujours d'accord. Mais je respecte ses valeurs: la liberté, l'égalité, la démocratie parlementaire.»

Pourquoi, dès lors, joue-t-il les francs-tireurs à intervalles réguliers? Pourquoi avoir tenu cette conférence de presse alors que le matin même Didier Reynders lui avait «conseillé» d'y renoncer? «En Belgique, explique Alain Destexhe, la déclaration gouvernementale est très floue, très vague et au jour le jour, la majorité doit échafauder des compromis. Je préférerais le système hollandais où, en début de législature, les partis mettent au point un texte plus strict qui ne donne pas cette impression de négociation permanente.»

La piste est intéressante mais même avec ce carcan, Alain Destexhe ne pourrait sans doute s'empêcher de dénoncer l'un ou l'autre dysfonctionnement. Ailleurs, au PS ou au VLD, on a trouvé le moyen de maîtriser des électrons libres: on en a fait des ministres ou des présidents d'assemblées.

Voyez le PS: on n'entend plus parler de José Happart depuis qu'il a été nommé ministre puis président du Parlement wallon. Anne-Marie Lizin est devenue d'une discrétion exemplaire à la tête du Sénat. Au VLD, Vincent Van Quickenborne, connu pour ses sorties contre la monarchie ou pour la libéralisation du haschich, s'est fort calmé depuis qu'il est secrétaire d'Etat.

Mais aucun président du PRL ou du MR (Ducarme, Michel ou Reynders) n'a jamais rien offert à Destexhe. L'homme, pourtant, ne manque ni de courage, ni d'imagination. Mais sa promotion n'est pas pour demain: Didier Reynders a précisé qu'une de ses principales qualités, c'était la mémoire...

© La Libre Belgique 2006