Benoît Roosens est formateur et chargé de projets et d’études au sein de "ChanGements pour l’égalité" (CGé). Il a accepté de commenter pour "La Libre" les chiffres 2012-2013 des exclusions scolaires.

Le 1er degré du secondaire concentre 40 % des exclusions, surtout en 1ère complémentaire et 2e différenciée. Pourquoi ?

Des élèves se retrouvent au 1er degré avec les difficultés d’apprentissage qu’ils avaient déjà en maternelle. Ces difficultés s’amplifient et se retrouvent, au 1er degré, dans les années complémentaire et différenciée, des élèves en échec scolaire. Ils ressentent un malaise, ont un ressentiment par rapport à l’école. Ils le manifestent par des comportements qui ne sont pas les comportements attendus : refus de travailler, incivilités…

Les incivilités sont, en effet, le principal motif d’exclusion.

Une procédure d’exclusion définitive ne peut être entamée que quand il y a des faits graves. Or, ici, la majorité des faits relevés touchent plus les incivilités que la violence physique. C’est le résultat de la relégation et de l’échec scolaire. Pour moi, cela manifeste toute la difficulté des équipes éducatives de se retrouver avec des élèves qui n’ont pas un très grand intérêt pour ce qui se passe en classe, pour les raisons évoquées ci-dessus. La grande difficulté pour elles est donc de décoder ces comportements. Mais si on s’arrête aux faits d’incivilité sans chercher à comprendre ce qu’il y a derrière, alors on applique la règle stricto sensu et l’élève est sorti du système.

Certaines écoles recourent-elles aux exclusions pour détourner le décret Inscriptions et se débarrasser de certains élèves qui n’entrent pas dans leur moule ?

Je tiens d’abord à préciser : le Décret offre une possibilité à tous les élèves, quels que soient leur milieu et leur niveau, d’accéder à toutes les écoles. Maintenant se pose la question des écoles confrontées à un public très hétérogène ou à des élèves en difficultés d’apprentissage. C’est donc le choix de l’école d’accompagner ou non ces élèves et de mettre en place ou non des dispositifs pour donner une chance de réussite à tous. Ici, l’impression qui ressort, c’est que des écoles vont quand même opérer des sélections à travers l’exclusion définitive ou le refus de réinscription.