On le sait, la Belgique est l’un des pays les plus nucléarisé du monde. Notre pays produit et produira encore des tonnes de déchets radioactifs. De plus, tôt ou tard, que ce soit dans dix ou cinquante ans, les centrales nucléaires devront être "déconstruites", comme on dit dans le jargon. Les terrains qu’elles occupent devront être réhabilités, décontaminés. Tout cela coûtera une fortune. C’est pour faire face à ce que l’on appelle le "passif nucléaire" du pays que les entreprises qui manipulent de la matière fissile sont tenues par la loi de mettre de l’argent de côté. Jusqu’ici, les détails relatifs à ces provisions, leur ventilation, leur mode de gestion, etc. restaient de l’ordre du "secret défense". On parle pourtant d’une somme totale estimée à 7,9 milliards d’euros, dont une bonne part est gérée par la Synatom, filiale d’Electrabel, propriétaire des 7 réacteurs nucléaires belges.

L’Ondraf, l’organisme public en charge dans notre pays de la gestion des déchets nucléaires, réservait jusqu’ici les données de ce fonds aux seuls ministres compétents, privant le Parlement d’un quelconque contrôle. Un secret que le Conseil d’Etat a récemment brisé en déclarant fondée la requête de Tinne Van der Straeten, députée Groen !, d’accéder à ces informations. Le Conseil d’Etat avait donné jusqu’au 27 avril à l’Ondraf pour s’exécuter, ce qu’il a fait.

L’inventaire du passif nucléaire, expurgé toutefois de certaines informations sensibles en matière de sécurité (l’endroit où est entreposé le plutonium, par exemple), est donc désormais dans les mains des parlementaires écolos. Comme on pouvait s’y attendre, les Verts ont déniché dans les 208 pages de ce rapport touffu une série de motifs d’inquiétudes. Ils s’étonnent notamment du fait que les provisions aient été récemment majorées de 50 pc, "ce qui laisse penser qu’elles étaient nettement sous-évaluées. Et qui nous dit qu’elles sont suffisantes aujourd’hui ?" interpelle Philippe Henry, député Ecolo.

Experts internationaux

Mais ce que retiennent avant tout les écologistes, ce sont les conclusions du comité d’experts scientifiques internationaux qui se sont penchés en novembre 2007 sur l’inventaire de l’Ondraf, conclusions également transmises à Tinne Van der Straeten. Un rapport dont les parlementaires n’avaient jusqu’ici jamais entendu parler. Et pour cause : il est cinglant à l’égard des autorités.

Le comité, qui dénonce un manque de communication vers la population, épingle ainsi que "les incertitudes quant à l’ampleur de ce passif restent importantes". Un doute persiste également quant à la disponibilité de cet argent, la nature des placements dont il fait l’objet "Il existe un risque important de dilution des responsabilités, notamment du fait de l’évolution rapide des structures capitalistiques des responsables financiers et de la complexité des montages", peut-on lire dans le rapport. Et de conclure : "L’Etat belge encourt des risques importants de non couverture financière des travaux de gestion des substances, matières radioactives et de démantèlement des sites". Ce qui pourrait, précise-t-il un peu plus loin, "entraîner des soucis de sûreté". Bref, à les entendre, le fonds est mal géré ou, à tout le moins, insuffisamment contrôlé.

Inquiétant ? A l’Ondraf, on préfère attendre les résultats d’un recours en annulation de la décision du Conseil d’Etat avant d’émettre le moindre commentaire. La transparence, ce sera pour plus tard