On touche au but. Attendue depuis huit ans, la réforme de la formation initiale des enseignants devrait tomber sur le bureau du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles dans le courant du mois de mars. C’est en tout cas ce que promet le ministre de l’Enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt (PS).

Ce mardi en commission du Parlement, il en a cependant déjà précisé les grandes lignes.

Des instituteurs spécialisés

Le ministre confirme donc ce qui était déjà écrit dans la déclaration de politique communautaire en 2014 : la nouvelle formation s’étalera sur quatre ans, “mais dans la perspective de passer à terme à une formule sur cinq ans”.

Les instituteurs du primaire et les profs qui enseignent dans les trois premières années du secondaire (et qui suivaient jusque-là une formation en trois ans) devront donc adjoindre aux trois années de bachelier initiales, un master de spécialisation de 60 crédits.

Les profs enseignant dans les trois dernières années du secondaire suivront dorénavant un bachelier en enseignement de trois ans, puis de deux années de master en enseignement. “L’actuel master à finalité didactique sera donc appelé à disparaître, a expliqué le ministre. En revanche, l’agrégation réservée aux détenteurs d’un grade académique débouchant sur une fonction d’enseignant sera maintenue et portée à 60 crédits.

Au rang des petites révolutions très attendues, Jean-Claude Marcourt a expliqué qu’il sera proposé que l’accès à la formation d’enseignant soit soumis à la présentation d’une épreuve non contraignante de maîtrise du français.

Les résultats de ce test, obligatoire à l’inscription, ne pourront pas empêcher un étudiant de s’engager dans le parcours de formation, mais l’étudiant aura l’opportunité de suivre des remédiations lui permettant d’atteindre les compétences attendues.

Un autre changement interviendra pour les instituteurs du primaire. Ils resteront des généralistes capables d’enseigner quasi toutes les disciplines, mais il leur sera demandé de choisir une famille de disciplines dans laquelle ils bénéficieront d’une formation renforcée. Cette évolution s’inscrit dans la perspective que ces profs puissent éventuellement un jour enseigner en première et deuxième secondaire.

Pour favoriser l’interdisciplinarité, mais aussi pour répondre à la pénurie d’enseignants dans certaines disciplines, les compétences disciplinaires des enseignants du secondaire pourraient être élargies.

Au sujet de la formation des formateurs, notons que le ministre envisage “de créer un master de spécialisation en formation d’enseignants qui sera requis pour les enseignants des hautes écoles qui aborderont les matières liées à la didactique, à la pédagogie, et à la formation à et par la pratique.

Enfin, Jean-Claude Marcourt a précisé que les décisions relatives aux éventuelles valorisations salariales n’avaient pas encore été arrêtées.

Des questions en suspens

Les aspects pratiques de cette réforme seront précisés avec le décret dans les prochaines semaines.

En Commission ce mardi, l’opposition a donc globalement réservé ses remarques pour ce moment-là. Philippe Henry, pour Ecolo, a cependant regretté que la formation ne soit pas directement portée à cinq ans. Il s’agit pour lui d’un “compromis dommageable”, d’autant “qu’une réforme d’une telle importance ne sera pas chaque année remise sur le chantier”. “Je reste sur ma faim quant à ce point, a-t-il expliqué. Je ne vois pas ce qui justifie ce compromis et j’espère que ne se cache pas derrière des raisons budgétaires.”