Lundi, les hôpitaux catholiques flamands et leurs homologues du secteur public ont réclamé publiquement la scission des soins de santé. Ils estimaient que les propositions avancées par le ministre des Affaires sociales Rudy Demotte ne résoudraient pas les différences «injustifiées» de consommation médicale entre le nord et le sud du pays et que ces différences étaient devenues insupportables. En appui à leur revendication, ils sont abondamment revenus sur une étude des mutuelles montrant que les établissements de soins wallons pratiquaient presque toujours davantage d'examens préopératoires que leurs homologues flamands («La Libre» du 24/11).

Opération portes ouvertes

Cette prise de position n'était qu'une demi-surprise dans le chef des hôpitaux catholiques flamands. Elle l'était en revanche beaucoup plus de la part des hôpitaux publics. Les membres francophones de l'Association des établissements publics de soins (Aeps) n'avaient d'ailleurs pas été mis au courant de l'intention de leurs collègues flamands. Et ils l'ont mal pris. Une réunion est programmée vendredi pour laver le linge sale en famille. Des comptes seront demandés aux administrateurs flamands de la fédération des établissements publics.

En attendant, abandonnés par leurs collègues et lynchés dans la presse néerlandophone, les hôpitaux publics wallons et bruxellois francophones ont décidé de réagir à toutes les attaques. En prenant la Flandre nationaliste à contre-pied. Hier soir, dans un communiqué, Jean-Claude Luperto, président de la chambre francophone de l'Aeps, et Georges Grinberg, le patron du réseau hospitalier bruxellois Iris, invitent des médecins flamands à venir voir dans les hôpitaux francophones. « Pour répondre aux allégations récurrentes et partisanes sur la consommation des prestations médicales dans les deux autres régions du pays, écrivent-ils, la chambre francophone de l'Aeps invite des praticiens de Flandre à se joindre à leurs homologues hospitaliers en Wallonie et à Bruxelles pour participer une semaine durant aux activités diagnostiques et thérapeutiques pratiquées au quotidien dans les institutions publiques du sud et du centre du pays. Cette démarche doit permettre de confronter les pratiques. Les convergences comme les divergences seront consignées dans des rapports transmis au ministre des Affaires sociales. Une analyse contradictoire des résultats de cette expérience concrète, en y associant des représentants de toutes les facultés de médecine, pourrait donner lieu à des initiatives nouvelles dont le but est d'assurer aux patients de toutes les régions du pays des soins de qualité au moindre coût. »

La main est tendue. Si la Flandre ne la saisit pas, on pourra se demander si la question des différences de pratique n'est pas un prétexte et se dire que la scission est devenue un but en soi.

© La Libre Belgique 2004