Napoléon a séjourné deux fois à Liège. Du 1er au 3 août 1803, en compagnie de l’impératrice Joséphine. Et les 7 et 8 novembre 1811, lorsqu’il est venu présenter aux Liégeois l’autre impératrice, la jeune Marie-Louise. Les deux fois, il a dormi en l’hôtel de Hayme de Bomal, sur l’actuel quai de la Batte. C’était sous le palais du gouvernement et l’hôtel de la préfecture du département de l’Ourthe. Le bâtiment est connu par les Liégeois, surtout parce qu’il a longtemps abrité le musée des Armes.

Par contre, c’est dans le cours de la visite du musée voisin, le Grand Curtius, qu’on entre dans la chambre où a dormi le couple qui n’était pas encore impérial.

Il y a là différents portraits mais aussi un document signé de la main de Napoléon, l’octroi d’armoiries officielles à la ville de Liège.

Une foule immense

Les chroniques parlent d’une foule immense et de certains Liégeois qui s’agenouillaient au passage du Premier consul. En tout cas, à son retour à Paris, Napoléon voulut offrir un cadeau à la ville et il demanda à un de ses peintres, Ingres, de réaliser un portrait de lui à Liège. En le prévenant qu’il n’avait pas le temps de poser. Ce tableau se trouve aujourd’hui aux Beaux-Arts de Liège (le BAL, îlot Saint-Georges). Bonaparte, en habit rouge de Premier consul, est représenté des pieds à la tête. Par un rideau entrouvert, on aperçoit Liège. Ou plus exactement sa cathédrale Saint-Lambert qui avait été détruite en 1789 par les révolutionnaires. Le peintre l’ignorait-il ? Ce qu’on sait, c’est que les ruines de la cathédrale se trouvaient encore là, que Napoléon les a vues et qu’il a réagi : "Une destruction vraiment stupide !"

Dans le grand hall de l’hôtel de ville de Liège (qui, malheureusement, pour des raisons de sécurité, n’est plus ouvert au public que ponctuellement) se trouve un énorme tableau qui n’a pas de lien direct avec les séjours de Napoléon, mais qui illustre un événement qui a compté pour lui.

On l’ignore peut-être, mais Napoléon est le créateur de la Légion d’honneur. Son but était de prouver son désir de régner dans la paix, en instituant une décoration qui, pour la première fois, ne serait pas réservée aux seuls militaires. Des scientifiques ou des artistes l’avaient reçue. Mais ce tableau de Liège montre le premier ouvrier décoré de la Légion d’honneur.

Hubert Goffin, 45 ans, maître-mineur au charbonnage de Beaujonc, à Ans. En février 1812, une inondation isola 127 mineurs à une profondeur de 170 mètres. Goffin refusa de remonter et, avec son fils de 12 ans, il creusa pendant cinq jours et il put sauver la vie de 70 ouvriers.

Un autre Liégeois avait été, en 1802, à 61 ans, un des premiers à recevoir la Légion d’honneur : le compositeur André-Modeste Grétry.

Il était allé chercher la gloire à Paris et, en 1771, il avait eu l’occasion de créer un opéra, "Zémire et Azor", devant Louis XV au château de Fontainebleau. Napoléon, pour sa part, découvrit cet opéra en 1799 et il en fut fasciné. C’était un soir où il était pourtant préoccupé. Après la représentation, il demanda plusieurs fois au compositeur : "Rappelez-moi votre nom…" La cinquième fois, le Liégeois eut cette réponse : "Mon nom, Sire, est toujours Grétry."

Napoléon lui demanda de remonter cet opéra-là où il l’avait créé, au château de Fontainebleau, et il accorda à Grétry le double de la pension consentie par Louis XV.

A Liège, la maison natale de Grétry, au 34, rue des Récollets en Outremeuse, est devenue un musée ouvert les vendredis, samedis et dimanches.Eddy Przybylski

Ligne du temps

2 janvier 1805

Un mois, jour pour jour, après avoir été sacré Empereur, Napoléon adresse un courrier à Londres : "La paix est le vœu de mon cœur !" La paix d’Amiens, signée en 1802 par les Anglais et les Français, avait été rompue dès 1803. En ce début de 1805, il n’y a plus qu’avec l’Angleterre que Napoléon soit en guerre même si, sur le terrain, cela ne se traduit par aucun assaut.

La réponse du Premier ministre William Pitt est cinglante : pas de paix tant que la France possède Anvers, "ce pistolet braqué sur le cœur de l’Angleterre !"

25 août 1805

Puisque l’Angleterre ne veut pas la paix, elle aura la guerre ! Napoléon rumine l’idée d’envahir l’île ennemie. En 1805, l’Angleterre a une armée de terre faible, mais la meilleure flotte du monde. Le problème, pour Napoléon, est de traverser la Manche. "Si nous sommes maîtres douze heures de la traversée, l’Angleterre a vécu."

Il réunit 200 000 hommes à Boulogne. Il veut les embarquer sur 3 000 bateaux. L’amiral Villeneuve, qui se trouve à Toulon, est chargé de rassembler la flotte et de l’amener à Boulogne. La situation évolue en août 1805. Le 5, Napoléon apprend qu’une armée autrichienne est en marche vers le Rhin. Et le 25, on l’informe qu’une semaine plus tôt, Villeneuve, menacé par une armada anglaise, a dû se replier dans le port de Cadix dont il ne peut sortir. C’est la ruine du plan d’invasion de l’Angleterre. Napoléon : "Dès ce moment, je change mes batteries." De toute façon, lorsqu’il tentera de sortir de Cadix, en octobre, Villeneuve sera défait par l’amiral Nelson. Nelson sera certes tué à Trafalgar, mais la flotte française est anéantie.

15 octobre 1805

Napoléon écrase les Autrichiens à Ulm. Puis il marche sur Vienne qu’il occupe à partir du 15 novembre. Mais il apprend qu’une armée russe marche aussi vers lui, renforcée par 50 000 soldats anglais, suédois et napolitains.

2 décembre 1805

Les restes de l’armée autrichienne ont rejoint cette coalition. Napoléon ne s’attarde pas à Vienne et, le 2 décembre 1805, à 20 km de Brno, en Tchéquie, il remporte à Austerlitz une victoire qui va lui offrir près de deux années de trêve.