On les appelle les loverboys. Ce sont des prédateurs qui recrutent leurs victimes par la séduction pour les enrôler dans la prostitution. Ils appâtent des jeunes filles vulnérables en Roumanie, en Bulgarie, en Albanie, au Nigeria… Mais aussi en Belgique. Dans son rapport annuel 2015 sur la traite et le trafic d’êtres humains, publié lundi, le centre fédéral migration Myria jette une lumière crue sur ce phénomène.

Les méthodes employées par les loverboys expliquent partiellement pourquoi on détecte chez nous peu de cas individuels de mineures. Il s’agit généralement de (très) jeunes filles, isolées, vulnérables, avec une piètre estime d’elles-mêmes. Mais elles ne sont pas facilement perçues comme des victimes de traite des êtres humains, statut généralement attribué aux femmes d’origine étrangère.

Les loverboys prennent les premiers contacts via les réseaux sociaux (Facebook, sites pour jeunes…) ou aux endroits où les jeunes se rencontrent physiquement (cafés, sorties d’école, environs d’institutions pour jeunes…). "On les voit rôder tout autour du bâtiment. Ils sont attirés comme des aimants. Ils savent très bien comment s’y prendre pour attirer nos ados", témoigne le responsable d’une ASBL subsidiée par l’Aide à la jeunesse, qui héberge des adolescentes très vulnérables. Les techniques de séduction sont quasi invariables : on fait le paon avec une belle bagnole, on distribue les compliments, on approche gentiment les victimes potentielles.

Des "je t’aime" et des promesses

Deuxième phase : l’enjôlement. L’adolescente reçoit de beaux cadeaux, parfois très coûteux, et fait l’objet de beaucoup d’écoute et d’attention - ce dont elle manque par ailleurs. Des "je t’aime" et des promesses d’un magnifique avenir ensemble. Comment une gamine en fugue peut-elle résister si, en plus, il lui propose de loger dans son appartement ?

Durant l’étape de l’attachement, le loverboy fait tout pour que la jeune fille devienne folle de lui et se retrouve en état de totale dépendance, décrit le rapport de Myria. Il essaie de l’isoler de son réseau social (souvent très étroit) et de couper tous les liens familiaux (déjà distendus) de manière à la rendre dépendante émotionnellement mais aussi financièrement. Il la contrôle, se montrant un jour gentil, le suivant agressif. La mineure est poussée à consommer des stupéfiants.

La véritable exploitation démarre quand les victimes deviennent totalement dépendantes de leur loverboy. La pression psychologique est réelle. L’amoureux prétend qu’il a des problèmes et qu’elle peut l’aider en remboursant ses dettes (la drogue, la chambre…) "en nature" - en se prostituant. Et si elle refuse ? Le loverboy recourt à la violence et au chantage.

Dépendance relationnelle

La dépendance relationnelle est souvent telle que, s’il y a un procès, les victimes viennent assister aux audiences pour soutenir moralement leur "ami", souligne le rapport.

Ces personnes, mineures ou jeunes adultes, ne doivent en aucun cas être stigmatisées mais considérées comme des victimes de traite d’êtres humains, insiste Myria. D’où l’importance de sensibiliser les acteurs concernés, comme l’Aide à la jeunesse et les écoles, à la détection d’indices de traite.

Une récente circulaire (de janvier 2015) invite les magistrats de la jeunesse et les magistrats de référence en matière de traite à mieux collaborer dans la détection et la protection des mineurs victimes de traite. Un pas dans le bon sens.


A 13 ans, forcée de se prostituer

A Gand. En janvier 2015, un loverboy (mineur au début des faits) a été condamné par le tribunal correctionnel de Gand à 4 ans de prison. Il avait séduit une gamine de 13 ans séjournant dans une institution et l’avait forcée à se prostituer entre 2012 et 2014.

110 euros en une soirée. Les charmes de l’ado étaient proposés par son loverboy à tous les clients du café qu’il fréquentait, passes monnayées entre 10 et 500 euros ou contre de la drogue. Le loverboy a proposé à une autre fille de l’institution de "gagner de l’argent". Il lui a fièrement expliqué que sa copine s’était fait 110 euros en une soirée en couchant avec trois hommes. L’adolescente a tout raconté à son copain qui a envoyé un SMS furieux au loverboy. Une plainte a suivi.