La Défense se prépare à ce que leur présence dure. Son utilité est pourtant contestée, même en interne.

Trois jours après l’attaque dont des militaires ont fait l’objet dans le centre-ville de Bruxelles, l’état-major de l’armée a indiqué qu’il s’attendait à ce que les militaires restent encore quelques années dans les rues.

Dans le planning de la Défense, il est prévu que l’opération "Homeland", déclenchée en janvier 2015, à la suite de l’attentat contre le siège de "Charlie Hebdo" à Paris et du démantèlement d’une cellule djihadiste à Verviers, se poursuive jusqu’en 2020.

Le programme d’entraînement des militaires a dès lors été adapté, a expliqué le général-major Marc Thys au "Standaard". Les exercices de grande ampleur impliquant plusieurs unités sont privilégiés, tandis que les compétences qui ne sont pas nécessaires dans le cadre des patrouilles en rue sont momentanément mises de côté.

Des chiffres fluctuants

"Nous devons être prêts et entraînés pour effectuer toutes nos missions", commente Marc Thys. "Mais le moral des troupes reste notre plus grand défi. En moyenne, les militaires sont dans la rue pendant six mois. Nous visons un tiers de moins", poursuit-il. Le général-major souhaite par ailleurs que les militaires patrouillent davantage et restent moins de faction devant les bâtiments stratégiques.

Actuellement, environ 1 100 militaires sont toujours déployés dans les rues. Jusqu’aux attentats de Paris du 13 novembre 2015, ils étaient entre 200 et 400. Après ces attentats, leur présence a été augmentée pour dépasser le millier d’hommes. Au début de 2016 et jusqu’aux attentats de Bruxelles du 22 mars, ce nombre avait été abaissé à environ 800 unités. Après le 22 mars, plus de 1 600 hommes ont été requis. Ce dispositif a été conservé pendant plusieurs semaines avant de connaître une diminution puis une stabilisation à la fin octobre 2016.

Patrouilles mobiles

Les décideurs politiques ont alors accepté une optimalisation des effectifs, en diminuant les postes fixes et en autorisant les patrouilles mobiles. Le nombre de militaires en rue est passé de 1 300 à 1 100. Le différentiel de 200 militaires reste mobilisable selon les besoins.

"La présence militaire devant les bâtiments a un impact élevé sur le sentiment de sécurité, mais une efficacité relativement réduite, avait estimé, en son temps, le colonel Laurent, chef de la division Opérations. Avec les patrouilles mobiles, nous sommes présents dans beaucoup plus d’endroits, et ce, d’une manière qui n’est pas prévisible. Cela nous permet d’augmenter notre réactivité."

Pour de nombreux officiers et pour les syndicats, la charge imposée aux militaires est particulièrement lourde, l’engagement dans un statut opérationnel sur plusieurs semaines impliquant notamment de ne pas rentrer le soir en famille et de rester disponible en caserne. "Les activités d’entraînement ont aussi été réduites", regrettent plusieurs observateurs.

Inquiétudes diverses

Concetto Bandinelli, porte-parole du syndicat libre la Centrale générale du personnel militaire (CGPM), demande depuis longtemps qu’une solution structurelle soit mise en œuvre et qu’un corps de sécurité spécifique soit constitué.

Par ailleurs, le syndicat socialiste CGSP dénonce le fait que les militaires soient désormais devenus des cibles, comme l’ont montré l’attentat à la gare Centrale et surtout l’attaque menée, vendredi, boulevard Jacqmain.

Selon le syndicat, la présence militaire en rue, que 65 % des Belges disent approuver, n’apporte aucune plus-value. Il estime même que, face à des règles d’engagement floues, le risque de dérapage n’est pas exclu.

En son temps, le Comité P avait publié un rapport qui concluait que l’armée aidait peu la police locale et que son implication dans des missions de surveillance n’avait pas libéré des hommes pour d’autres missions.

Enfin, certains s’inquiètent du coût de l’opération. Au printemps, répondant à une question parlementaire, le ministre de la Défense, Steven Vandeput (N-VA) avait indiqué qu’entre le 17 janvier 2015 et le 18 avril 2017, l’Etat avait dépensé, en primes de mission notamment, plus de 100 millions d’euros pour déployer les militaires dans les rues.