Le 9 février de l’an dernier naissait, à l’ULB, l’Observatoire des religions et de la laïcité (Orela). Sous la houlette des Prs Jean-Philippe Schreiber et Cécile Vanderpelen était présenté un portail Internet avec une revue de presse quotidienne et des analyses sur des questions touchant à ces dimensions. L’Orela proposa aussi de réaliser un rapport annuel sur l’état des croyances et convictions en Belgique. Le premier a été présenté ce mardi.

1- L’année religieuse s’est caractérisée par une omniprésence persistante de l’Eglise catholique. Les scandales de pédophilie et le suivi politico-judiciaire ne furent pas étrangers à cette omniprésence. Mais cela ne s’explique pas que par les suites de l’affaire Vangheluwe. "La Belgique qui, il y a 50 ans, était encore peuplée d’une majorité de catholiques pratiquants, demeure imprégnée du modèle de l’Eglise en termes de valeurs comme d’organisation formelle ce qui a souvent été pointé du doigt pour expliquer les difficultés de l’Exécutif des musulmans imposé à une religion dont le mode de structuration est très éloigné du schéma hiérarchique pyramidal qui contribue à définir le catholicisme." Les réactions après ces révélations ou l’annonce de l’accueil de Michelle Martin chez les Clarisses trahissent un double mouvement à l’égard de l’Eglise. "Comme le fait remarquer la sociologue Liliane Voyé, la violence des réactions trahit le fait que l’Eglise est encore considérée comme une institution supposée défendre des valeurs et être synonyme d’une certaine éthique, entre autres en matière sexuelle. On observe aussi une méconnaissance grandissante du catholicisme, de ses normes et des valeurs qui le constituent." Lors de l’installation de Michelle Martin à Malonne, il a paru évident qu’une série de valeurs catholiques contribuant à légitimer la démarche des religieuses restèrent ignorées par les opposants. Des principes soulignés par la hiérarchie qui a argué que l’Eglise était le dernier lieu où pouvaient se réfugier ceux dont les actes les avaient mis au ban de la société. "Un élément important à replacer dans un contexte global est l’écart grandissant entre une base visant à une réforme qui apporterait davantage de démocratie dans l’Eglise et assouplirait certaines de ses normes - le célibat des prêtres, la place de la femme - et une hiérarchie peu ouverte à ces revendications."

2- Derrière l’Eglise catholique, l’islam a le plus occupé la scène médiatique. Mais presque toujours sous un angle spécifique voire réducteur. "Les événements les plus spectaculaires, tels l’épisode de l’arrestation d’une femme en burqa à Molenbeek et les manifestations qui ont suivi, ou celui de l’agression au couteau de deux policiers par un homme présenté comme un intégriste français, voire celui de l’incendie volontaire d’une mosquée à Anderlecht servent de point de départ à un débat récurrent sur l’intégration des musulmans et sur sa compatibilité avec la laïcité à la belge. De temps en temps, un article contredit, présentant les résultats d’une étude montrant la bonne intégration des musulmans." D’après la politologue Corinne Torrekens, cette focalisation est mal perçue par moult musulmans belges.

3- A l’inverse, il y a peu d’intérêt à l’égard de l’actualité des Eglises protestantes. "Les changements intervenus à la tête du synode fédéral des Eglises protestantes évangéliques sont relayés - la structure, qui regroupe 500 communautés, s’est dotée en septembre d’un nouveau président ; quant au pasteur Steven Fuite, il a été élu nouveau président de l’Eglise protestante unie de Belgique."

4- Mais le dynamisme de nombreuses églises évangéliques, les questions sociétales posées par les pratiques ayant cours dans certaines églises pentecôtistes ou les débats au sein du monde protestant concernant le programme des cours de religion ne sont que rarement abordés.

Le foisonnement des nouvelles dénominations protestantes, dont les rapports avec les églises dites historiques sont mal connus, déconcerte sans doute dans sa double image de proximité et d’altérité. A l’inverse, l’islam a une image plus stable dans l’opinion belge. Cela s’explique peut-être également, comme le suggère Liliane Voyé, par une inquiétude sous-jacente à l’égard d’Etats étrangers comme l’Arabie saoudite, qui entretiennent des relations - financières, idéologiques ou autres - avec certains acteurs et collectivités au sein du monde musulman belge. La même inquiétude ne serait pas générée par les liens qui unissent certaines églises évangéliques et pentecôtistes, d’une part, et le Congo et les Etats-Unis.

5- Conclusion. La sociologie du religieux en Belgique est marqué par deux paradoxes : d’abord, entre une société caractérisée par une individuation du croire, un effondrement de la pratique religieuse, une perte d’influence normative des institutions religieuses et d’autre part un retour institutionnel de celles-ci ; entre l’effacement progressif de la référence chrétienne dans nombre de secteurs de la société, et une adhésion manifeste où elle demeure franchement maintenue, comme à l’école libre. En matière de questions éthiques, les débats demeurent ouverts malgré les avancées en termes de laïcisation depuis 1990. Enfin, le statut légal des cultes est réinterrogé par le financement public et le maintien des cours philosophiques dans l’officiel.

Le rapport est sur www.o-re-la.org/

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