Cette fois, ça y est. Les étudiants en seconde session sont dans les starting-blocks. Le blocus d’été touche à sa fin, place à présent à la session d’examens. Tenir, tenir, ne jamais abandonner, tel est le leitmotiv. Mais comment y parvenir ? Entretien avec Martine Goffin, psychologue, psychanalyste et co-responsable du département "adolescents et jeunes adultes" du service de santé mentale de Chapelle-aux-Champs (Woluwé).

Tenir sur la longueur… quels conseils donnez-vous aux étudiants pour y arriver ?

Ils doivent se concentrer sur ce qu’il se passe au jour le jour et ne pas se poser de questions sur ce qui est passé. C’est fait, c’est fait, on ne peut pas revenir en arrière. Il faut tourner la page, et se concentrer sur la suite des événements en se disant que ce n’est que l’après-coup qui décidera de l’ensemble. Il ne faut surtout pas tomber dans une forme de pessimisme. Le risque, c’est que cela hypothèque leur énergie, énergie dont ils ont grandement besoin pour la suite de leur session. La question fondamentale est donc la suivante : comment peut-on donner à la fois ce que l’on a de mieux à donner chaque jour et tenter de se couper de ce qui est passé pour se concentrer immédiatement sur la suite. Mais pour ce faire, cela suppose que l’étudiant soit en mesure de se couper de quelque chose de désagréable. Et cela, c’est toute la difficulté de la société actuelle, on a du mal à se couper de certaines choses. Pourtant, il le faut.  

De ses camarades aussi, il faut se couper ? Pour éviter de communiquer son stress par exemple ?

Attention ici, c’est à double sens. Parfois effectivement, lorsque l’étudiant voit qu’il est en retard sur ses camarades, son stress augmente. A l’inverse, lorsqu’il voit qu’il est en avance sur eux, cela l’apaise. De manière assez surprenante donc, le partage de stress constitue aussi un phénomène de décompression. A condition bien sûr que ce partage ne prenne pas toute la journée voire carrément deux ou trois jours. Se dire qu’on n’est pas seul à stresser génère ainsi un effet "catalyseur".  

On connaît le sempiternel "bien manger, bien dormir" pour se ressourcer sur le plan physique. Quid sur le plan psychologique ?  

C’est à chacun de trouver ce qui va le ressourcer au mieux. Je viens de vous parler de cet exécutoire de partager les impressions d’un examen, d’évoquer ensemble les mêmes difficultés vécues, de ne pas se sentir seul dans ces moments-là. Il y a d’autres options. Certains choisissent d’aller faire du sport à plusieurs, d’autres ont besoin de décompresser devant la télévision et de s’absorber dans des choses totalement autres que les études - même parfois abrutissantes - d’autres encore auront besoin de manger. C’est ce genre de coupures qui leur permet de retrouver une pleine énergie. Pour le reste, je pense que l’état d’esprit de chacun est très différent. Il y a des gens combatifs, d’autres qui le sont moins. Il y a des gens qui sont capables d’imaginer qu’ils vont réussir alors qu’ils vont totalement rater, d’autres qui pensent tout le temps qu’ils vont échouer alors qu’ils sont en pleine réussite.  

Comment expliquer que certains en arrivent à tout abandonner ?

Parfois, c’est un élément de réalité qui fait qu’on lâche tout : on prend la mesure de la non-préparation que l’on a et on se dit que cela va être insurmontable. Maintenant, j’ai toujours envie de dire : qu’est-ce que l’on a à perdre à aller jusqu’au bout, à part du temps, de l’énergie, de la fatigue et son orgueil ? Et encore, cela dure un mois. Pour ma part, j’analyse cela comme une expérience qui confronte l’étudiant à une forme de réalité qui peut être blessante psychologiquement - parce que vivre une seconde session et être renvoyé à un échec, ce n’est jamais simple - mais d’un autre côté si on ne s’y confronte pas, on ne dépassera jamais la difficulté.  

Où voulez-vous en venir ?  

Je trouve que, dans notre société actuelle, on ne valorise pas assez l’échec comme quelque chose qui apprend dans la vie. Vivre l’échec fait partie d’un réel apprentissage. Parvenir à le dépasser, c’est précisément cela qui va nous permettre de réaliser des choses dans la vie. Cela contribue à la construction identitaire. Par ailleurs, je constate que l’on essaye de plus en plus d’épargner aux jeunes les difficultés d’une certaine forme de réalité. A force de trop adoucir la réalité, je ne sais pas de quelle manière on les aide à faire leurs premiers pas dans la vie active qui n’est quand même pas une chose très facile non plus. Les parents se projettent énormément dans la réussite de leurs jeunes et c’est aussi pour cela qu’ils les mettent au centre de tout au moment de leurs sessions d’examens. On est quand même en plein dans le règne de l’enfant-roi. Mais pour revenir à ce dont nous parlions, je pense que dans les blocus et sessions d’examens, il y a une concentration de difficultés qui reflètent ce que l’on peut vivre à des moments particuliers de notre vie. Des moments où on a besoin de beaucoup de ressources et d’énergie pour faire face à de gros traumatismes, à de gros stress comme des accidents, la mort, des événements qui nous mobilisent et qui nous demandent de tenir le coup dans la longueur. Bref, je pense que les blocus et périodes d’examens sont des expériences qui peuvent être préparatoires à devoir tenir le coup dans la durée et ce, avec une énergie toute particulière et certaine.