Travailler ou chômer ? Percevoir un salaire ou bénéficier d’une allocation sociale ? De nombreux éléments entrent en ligne de compte pour trancher cette question. Et parmi ceux-ci, le revenu disponible n’est pas le moindre. Dans certains cas, la différence entre le salaire net reçu en échange d’un travail et l’allocation perçue via le chômage ou le revenu d’intégration sociale est minime, surtout si l’on tient compte des frais liés au travail (déplacements, garde des enfants, ) et des avantages liés au statut social (allocations familiales majorées, ). C’est la raison pour laquelle le gouvernement, parmi les 40 mesures décidées en juillet dans le cadre de sa stratégie de relance, a prévu d’augmenter le "bonus à l’emploi social". Celui-ci existe depuis 2000 et s’élève à maximum 175 €/mois. Il s’agit d’une réduction des cotisations sociales à charge du travailleur, qui entraîne une augmentation de ses revenus nets. Le gouvernement a précisé que cette augmentation se ferait le plus sentir pour les salaires se situant entre 1 700 et 1 850 € bruts, niveau où se situe la majorité des salaires minimums sectoriels.

L’économiste Philippe Defeyt, de l’Institut pour un développement durable (IDD), a analysé l’impact financier d’une (re)mise au travail, spécialement pour les emplois à temps partiel (dont le nombre ne fait qu’augmenter), et l’effet que peut avoir l’augmentation du bonus à l’emploi sur l’arbitrage entre travail et non-travail.

Première situation : un chômeur (re)trouve un emploi. Constats : dans les cas où il y a augmentation du revenu disponible net (RDN, soit le salaire net moins les frais professionnels et les éventuels frais de garde des enfants), celle-ci est en général très modeste (quelques dizaines d’euros par mois). Dans le cas d’un temps de travail supérieur à 4/5e, l’absence d’une allocation de garantie de revenus (soit l’allocation de chômage moindre supposée amortir financièrement le passage du non-travail au travail) réduit le RDN ou rend insignifiante l’augmentation. Un cohabitant avec charge de famille verra son RDN inférieur à son allocation de chômage s’il travaille moins d’un mi-temps ou plus de 90 %. Tandis qu’un cohabitant sans charge de famille verra son RDN augmenter à partir d’un mi-temps et qu’un isolé bénéficiera d’un RDN supérieur à son chômage, mais de très peu en cas de travail à moins de 2/5e.

Deuxième situation : un bénéficiaire du revenu d’intégration (re)trouve un emploi. S’il bénéficie d’une exonération professionnelle "article 35" (c’est-à-dire que son revenu d’intégration est maintenu partiellement et provisoirement en sus de son salaire), le RDN diminue jusqu’à 2/3 temps. Sans exonération, le temps de travail optimal est de 1/5e pour une personne seule avec deux enfants à charge, et de 100 % pour une personne isolée (mais tenant compte de la faible probabilité de trouver un temps plein, l’optimum économique est aussi le travail à 1/5e).

Que retenir de cette démonstration ?

1° Ce sont souvent les parents seuls pour qui la (re)mise au travail est financièrement la moins intéressante.

2° Les mesures décidées en juillet dernier (au mieux 15 €/mois en plus) sont insuffisantes. Elles constituent certes un soutien au pouvoir d’achat, mais ne changent pas fondamentalement la donne dans l’arbitrage entre non-travail et travail. Les pièges à l’emploi sont donc loin d’avoir disparu. Pour l’IDD, "il reste inacceptable que des personnes doivent en quelque sorte "payer" pour aller travailler."