Les pires infrastructures carcérales sont prolongées
© Jean-Marc Bodson / ASBL Autremen

Belgique

Les pires infrastructures carcérales sont prolongées

Benjamin Moriamé

Publié le - Mis à jour le

Les pires cellules, ce sont celles de Namur !", certifiait Fabian, un détenu qui a connu onze prisons en Belgique, dont celle de Forest. Juliette Moreau, avocate de la Ligue des droits de l’Homme, ne disait pas autre chose : "Il s’agit peut-être des pires infrastructures de Belgique. Ou alors, à égalité avec Forest." C’était à l’occasion de notre dernière visite, en septembre 2009, véritable plongée dans une atmosphère digne du XIXe siècle. Le ministre de la Justice Stefaan De Clerck (CD&V) excluait alors toute rénovation et se disait conforté dans son projet de fermer le pénitencier, malgré la surpopulation carcérale. Il vient de changer de cap ! Un plan d’action "prioritaire et urgent", qui concerne aussi Forest et les autres établissements, vient d’être déposé chez le ministre de la Régie des bâtiments Didier Reynders (MR). Il vise à "tenir quelques années encore".

Ces fameuses cellules, entre autres, font de la prison de Namur une institution hors-la-loi. Un comble ! Les détenus s’y partagent dix mètres carrés à trois ou quatre. Les murs sont sales et tachés d’humidité. Un seau remplace souvent la toilette, mais ne peut être vidé la nuit. Des mousses déchirés font office de matelas. Le plâtre tombe en miettes. Des robinets gouttent inexorablement. Les fils électriques sont à découvert. Les plombs sautent régulièrement Bref, les normes légales paraissent avoir été jetées aux oubliettes il y a longtemps.

Il aura fallu attendre que le ministre se rende lui-même au bagne namurois, suite à la prise d’otages sanglante de février 2011, pour qu’il réponde aux besoins et, notamment, aux appels du député fédéral Georges Gilkinet (Ecolo). C’est à l’occasion d’une nouvelle question parlementaire de ce dernier que le ministre a dévoilé ses projets. "Des interventions urgentes sont nécessaires", reconnaissait le secrétaire d’Etat Carl Devlies (CD&V), qui parlait au nom du ministre, absent. "Nous devons continuer pendant quelques années encore avec l’institution existante. A cet effet, j’ai établi un plan d’action pour Namur."

La nature des travaux nous a été précisée par la porte-parole du ministre, Lieselot Bleyenberg. "Toutes les prisons sont concernées", dit-elle. Mais, à Namur, il s’agit de "grands travaux". Plus d’une trentaine de geôles devraient être réhabilitées, dans toutes les ailes de la prison. Les douches, actuellement au nombre de huit pour deux cents personnes, seraient rénovées. Les gardiens peuvent aussi se rassurer. Selon le plan, ils disposeraient d’un nouveau centre de vigilance, au cœur du bâtiment. Par ailleurs, le plan prévoit de mettre à leur disposition de nouveaux moyens de communication et de remplacer le système de vidéosurveillance, qui tombe fréquemment en panne.

Au bord de l’asphyxie, c’est un vrai ballon d’oxygène que les détenus et gardiens peuvent attendre du ministre Reynders, qui n’a pas encore répondu à la demande. Mais, le plus grave ne tient peut-être pas aux infrastructures. La surpopulation carcérale oblige Namur à accueillir plus de 200 détenus là où il n’y a que 140 places, à faire cohabiter des condamnés et des prévenus (présumés innocents), mais aussi des prévenus et des internés (non responsables de leurs actes), faute d’espace dans l’aile psychiatrique.

"Pour améliorer les conditions de détention, infâmes à Namur, les rénovations sont nécessaires mais pas suffisantes", estime le directeur Eric Delchevalerie. Dans un tel contexte de surpopulation, même si l’on construit ailleurs, il considère, avec divers collègues et spécialistes, que seule une réforme de la politique des préventives peut améliorer significativement la situation. En clair, recourir moins systématiquement aux fers.

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