Ils étaient environ 4000 policiers à défiler dans les rues de Bruxelles. Des policiers, parfois en uniforme mais sans arme de service, à vouloir montrer leur ras-le-bol face aux violences qu’ils subissent au quotidien.

Et s’ils étaient si nombreux, c’était aussi pour faire poids en vue de la rencontre programmée au même moment entre les syndicats de police et les ministres de l’Intérieur, Joëlle Milquet et de la Justice, Annemie Turtelboom. Ils en sont ressortis prudemment optimistes mais entendent maintenir la pression avec un préavis de grève.

Pour les syndicats de policiers, il faut que les promesses qui leur ont été faites l’année dernière pour mieux lutter contre les violences faites aux policiers soient véritablement concrétisées. Ils avaient l’impression que cela n’avance pas.

"Nous déplorons 107 faits de violence commis par des policiers par an, et qui couvrent depuis une arrestation mouvementée où les menottes sont serrées trop fortement jusqu’aux actes de violence gratuite et volontaire, pour 1600 faits de violence par des tiers à l’encontre de policiers. C’est une augmentation de 5 % par an", affirme Vincent Gilles, président du SLFP Police, principal syndicat policier.

La goutte qui a fait déborder le vase remonte au 11 octobre dernier à Houthalen. Une patrouille a voulu aller chercher un homme de 19 ans qui ne s’était pas présenté à une convocation du parquet. Sa famille a fait barrage. Les policiers sont revenus en nombre. Une partie du quartier a pris fait et cause pour la famille. Résultat : 10 policiers blessés. Dont un qui conduisait un combi. Il a été atteint par un pavé lancé à travers le pare-brise, a perdu le contrôle de son véhicule qui a terminé sa course dans un mur. Le policier, qui souffre d’une fracture du crâne, est resté dans le coma plusieurs jours. Il est toujours aux soins intensifs.

La Commissaire générale de la police fédérale, Catherine De Bolle, leur avait accordé son "soutien moral". Elle avait demandé aux dirigeants de la police de voir comment les membres du personnel qui souhaitent participer à cette action peuvent le faire sans perturber la bonne organisation du service. Un soutien apprécié par les syndicats : "une première", dit ainsi Vincent Gilles.

Les mesures suivent

La ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet a assuré les syndicats que des mesures suivraient. C’est notamment le cas pour les formations aux ressources humaines pour les chefs de corps, afin qu’ils puissent gérer au mieux les actes violents commis sur les policiers. La réaffectation de policiers qui ont subi un traumatisme après un acte violent sera facilitée.

De son côté, la ministre de la Justice Annemie Turtelboom a établi un protocole d’accord entre la police et la Justice précisant les démarches à entreprendre après chaque situation de violence ainsi que l’ensemble des tâches à accomplir. La ministre transposera ce protocole en une circulaire ministérielle et chargera le Collège des procureurs généraux d’établir une directive.

"La confiance est en train de se rétablir alors que depuis un an nous avions le sentiment que rien ne se faisait. Les ministres nous ont montré qu’elles agissaient. Mais nous restons prudents", a réagi Vincent Gilles.

Les syndicats entendent néanmoins maintenir la pression. Un préavis de grève, qui arrive à échéance le 29 novembre, reste d’application. Soit deux jours après un nouveau rendez-vous avec les deux ministres.