Les enseignants auront avalé leur café de travers, jeudi matin, en apprenant que la nouvelle ministre de l’Enseignement, Marie-Dominique Simonet (CDH), envisageait de les faire travailler plus et plus longtemps. L’information, révélée par "Le Soir", a suscité nombre de réactions, hier, montrant, si besoin était, que M me Simonet touchait là à un sujet sacré, sinon tabou.

On le sait, la situation budgétaire de la Communauté française est catastrophique. Des efforts sont à fournir dans chaque secteur. Et l’Enseignement, qui se taille la part du lion et même plus, dans ce budget, ne peut évidemment pas y échapper. La ministre a donc convoqué, mercredi, deux réunions distinctes, l’une avec les syndicats enseignants, l’autre avec les pouvoirs organisateurs (PO), pour leur faire part des "pistes" d’économies qu’elle envisageait dans son secteur, pour un total de 700 millions d’euros d’ici 2015, sur le milliard et demi à trouver pour l’ensemble de la Communauté. Parmi ces pistes, les plus spectaculaires concernent le temps de travail des enseignants.

D’une part, Mme Simonet envisage, comme elle l’avait déjà signalé dans son interview de rentrée à "La Libre", d’éventuellement revoir le système de préretraite à 55 ans (les fameux DPPR, départs précédant la pension de retraite), acquis par les enseignants à une époque où l’on coupait beaucoup dans les effectifs. Ce système, très coûteux pour la Communauté, est garanti jusqu’en 2011. Au-delà, "on verra". Mais d’une manière ou d’une autre, la ministre entend réduire la charge annuelle (120 millions) de 8 millions en 2012, 30 en 2013, 51 en 2014 et 61 en 2015. Une piste serait, comme en Flandre, de porter la préretraite à 58 ans.

D’autre part, la ministre propose d’obliger chaque enseignant à prester le "maximum de la plage horaire". Quèsaco ? Il faut savoir que les enseignants qui travaillent à temps plein prestent, en règle générale, 26 périodes de 50 minutes dans le maternel, 24 dans le primaire, 22 à 24 dans le secondaire inférieur et 20 à 22 dans le secondaire supérieur (auxquelles il faut évidemment ajouter les préparations et autres corrections). Cette mesure ne toucherait donc en principe que le secondaire, où l’on demanderait à chaque enseignant de prester 22 heures dans le supérieur et 24 heures dans l’inférieur. En faisant ainsi travailler davantage chaque prof qui n’est pas encore au maximum (mais qui peut dire combien sont dans le cas ?), on "économiserait" les salaires d’autres professeurs, devenus "inutiles". Mme Simonet prévoit, ici, une économie de 16 millions en 2010 et de 40 millions/an ensuite.

Les autres pistes envisagées sont de réduire les moyens consacrés aux classes de dépaysement (1 million/an) et aux jours blancs (1,6 million) ; de ne pas intervenir dans l’abonnement scolaire SNCB (6 millions), au contraire de ce qui se fait pour les Tec et la Stib ; de ne porter de 15 à 40 millions/an les moyens dévolus à l’encadrement différencié que si on dégage des moyens supplémentaires ; de reporter l’installation des conseillers en prévention (6,5 millions) et des chargés de mission (625 000 en 2011 - 1,125 million en 2012 - 1,625 en 2013 - 2 en 2014) ; de supprimer la provision pour les charges nouvelles ; et, enfin, de réduire l’écart entre les charges budgétaires et organiques, c’est-à-dire entre le nombre d’enseignants prévus par les normes d’encadrement et le nombre d’employés effectivement employés (3,3 millions en 2010 - 10 millions à partir de 2011).

Les syndicats, particulièrement échaudés, se réuniront ce vendredi pour prendre attitude par rapport à ces propositions. Jeudi, Prosper Boulangé (CSC) a cependant déjà fait part de son "écœurement". "Cela discute ferme dans les salles des profs. On est abasourdi. Alors que nous demandions la plage horaire minimale à tous les niveaux, on nous donne le contraire. C’est de la provocation !", dit le patron du syndicat chrétien, qui constate que, dans ces mesures, les pouvoirs organisateurs sont épargnés. Ce à quoi Etienne Michel, directeur du Segec (PO catholiques), répond que les engagements pris par le politique seront respectés, tant vis-à-vis des enseignants (augmentations barémiques, par exemple) que des PO (adaptation des subventions).

Le débat ne fait que commencer.