L'ambassadeur de la République démocratique du Congo en Belgique (RDC), Jean-Pierre Mutamba Tshampanga, a été rappelé en consultation à Kinshasa, signe de nouvelles tensions entre Bruxelles et son ancienne colonie, qui entre dans une délicate période pré-électorale.

Ce rappel fait suite aux propos tenus à plusieurs reprises par le ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht, sur les dirigeants congolais et la situation en RDC, a précisé le porte-parole du président Joseph Kabila, Kadura Kasongo, à l'agence BELGA.

Ce rappel en consultation, pour une durée indéterminée, a été confirmé de sources diplomatiques belges et congolaise à Bruxelles, même si le ministère belge des Affaires étrangères parlait d'une "affaire intérieure congolaise".

Lundi, le ministère congolais des Affaires étrangères avait déjà qualifié d'"inamicales" les première déclarations de M. De Gucht, tenues samedi à Kigali dans le cadre d'une tournée africaine. M. De Gucht avait notamment déclaré: "j'ai rencontré au Congo peu de responsables politiques qui m'ont laissé une impression convaincante". "Ici à Kigali, il y a au moins un Etat. Au Rwanda, on s'efforce de gérer le pays de manière correcte", avait-il ajouté avant de nuancer quelque peu ses propos dimanche, puis d'évoquer lundi la corruption régnant au Congo. Si l'ambassade du Congo à Bruxelles n'était pas intervenue auprès de Kinshasa, la réaction aurait encore été "plus vive", a précisé la même source congolaise.

Jeudi, en commission des relations extérieures de la Chambre, M. De Gucht avait réaffirmé son scepticisme face à l'évolution de la transition en RDC, évoquant même sans ambage la possibilité d'un "échec" de la pacification et de la démocratisation du pays sans un engagement accru de la communauté internationale. "Comme les choses se présentent, sans effort accru de la communauté internationale, l'opération de transition échouera", avait-il prévenu.

M. De Gucht (VLD) a toutefois confirmé son engagement à appliquer la déclaration gouvernementale de juillet 2003, qui fait de l'Afrique centrale une priorité de la politique étrangère belge. Il a précisé vendredi matin sur les ondes de RTBF-radio qu'il allait proposer au gouvernement fédéral de demander à l'Union européenne de prendre l'initiative pour aider la RDC, "un pays qui est dans un état désastreux".

"Il n'y a plus d'Etat" au Congo. Même 'état' en minuscule et entre guillemets, ce serait déjà un progrès", a déclaré le ministre. Il a aussi évoqué pêle-mêle la corruption qui règne en RDC, les retards dans l'adoption de la législation qui doit permettre l'organisation d'élections libres l'an prochain, la difficile intégration de l'armée et l'absence de sécurité dans l'est du pays. Il a ainsi plaidé pour une "mise sous curatelle" du Congo à l'image de ce qui se passe dans les Balkans, où les Nations Unies administrent le Kosovo et où un haut représentant en Bosnie est doté de pouvoirs étendus.

M. De Gucht a succédé en juillet dernier à Louis Michel (MR), l'artisan de la "nouvelle politique africaine" de la Belgique lancée en 1999. "J'espère que nous ne sommes pas à la veille d'une nouvelle crise belgo-congolaise, comme nous en avons connu du temps de (président) Mobutu (sese Seko) et de Kabila père (le chef de l'Etat congolais Joseph-Désiré Kabila assassiné en janvier 2001)", commentait cette semaine un journaliste congolais.