Des prisons plus humaines, qui misent sur la réinsertion des détenus en partant de leurs "points forts", qui leur font confiance , qui laissent tomber l’obsession sécuritaire, qui ne se focalisent plus sur les erreurs commises dans le passé... Les services d’aide aux détenus ont dû se pincer en entendant le plaidoyer tenu, fin novembre, par le directeur général des établissements pénitentiaires. Hans Meurisse s’exprimait devant ses collègues européens lors d’une conférence organisée par le Conseil de l’Europe.

Une révolution

Il dessinait ainsi un véritable virage, voire une révolution, dans la gestion de la détention. Les services d’aide aux détenus (et aux justiciables), qui se battent depuis 30 ans pour qu’on axe la politique pénitentiaire vers la réinsertion, ont voulu prendre le patron des prisons au mot. La Fédération de ces services actifs dans les prisons wallonnes et bruxelloises, qui travaillent au quotidien avec les prévenus et les condamnés, adresse donc ce mardi une lettre ouverte à Hans Meurisse, pour lui signifier qu’ils "rejoignent pleinement" son objectif, tout en pointant une série de questions sur les moyens à mettre en oeuvre pour réaliser cet ambitieux projet.

Hors d’état de nuire

Parce que, jusqu’ici, cet objectif n’a jamais réussi à s’imposer : le rôle de la prison reste de mettre les personnes hors d’état de nuire, "qui plus est dans un environnement susceptible de leur faire regretter amèrement leurs actes", relèvent les services d’aide aux détenus.

En dépit de nombreuses bonnes volontés, la mise en place d’un plan de réinsertion demeure un parcours très difficile pour les détenus dont la première préoccupation reste le quotidien de la (sur) vie derrière les barreaux : conditions de détention morbides, désoeuvrement, violences, manque de contacts avec les proches, insalubrité des lieux, promiscuité insupportable…

Des problèmes qui se répercutent sur le personnel pénitentiaire qui ne cesse de protester contre ses conditions de travail. Notamment en partant en grève, ce qui entraîne - cercle vicieux - une dégradation accrue des conditions de vie en prison : suppression des visites et des formations, moins de douches, ralentissement de tous les "mouvements" internes...

Sans compter "le manque criant" de personnel social, psychologique, pédagogique et culturel pour aider les détenus à construire un projet d’avenir viable.

Au passage, les services d’aide ax détenus rappellent que les plans de détention et de réinsertion font partie des morceaux encore inappliqués de la loi de 2005 (dite loi Dupont) qui régit la détention en Belgique.

Nouvelle détention

Le patron des établissements pénitentiaires brandit l’exemple "pimpant" de Marche comme exemple des prisons de demain, "mais elle vient à peine d’ouvrir qu’on annonce une surpopulation probable dans quelques mois". Idem pour celle de Haren, qui doit être opérationnelle à partir de 2016 et où il n’y a pas encore la première brique, "mais déjà des projections indiquent la nécessité de renoncer à la fermeture de la prison de Saint-Gilles !"

La construction de nouvelles prisons va donc de pair avec l’accroissement de la population pénitentiaire, ce qui risque fort de briser les projets de nouvelle détention et de ne conduire qu’à une extension du régime existant, raisonnent les services d’aide aux détenus.

Ces doutes et ces critiques viennent donc rappeler l’ampleur des défis en jeu, qui dépassent la seule administration pénitentiaire. Les services d’aide aux détenus se disent prêts à contribuer à la transformation profonde de l’exécution de la peine. Cela aurait pu se faire depuis longtemps. "Cela s’impose désormais avec l’implication des entités fédérées dans la politique criminelle et d’exécution des peines prévue dans l’accord de gouvernement". La mise en œuvre doit débuter dans quelques mois...