Belgique

Bingo  ! La campagne du site de rencontre “RichMeetBeautiful” (RMB) qui s’adresse aux étudiantes et leur propose “d’améliorer leur style de vie en sortant avec un sugar daddy” est un succès  : tout le monde en parle  ! Pas en bien. La réprobation à l’égard de ces panneaux publicitaires géants montés sur des remorques aux abords de l’ULB, lundi, est en effet unanime. Les ministres concernés de loin ou de près par l’égalité des chances et l’enseignement supérieur (Jean-Claude Marcourt, Isabelle Simonis, Bianca Debaets, Alda Greoli) ont tous déposé plainte contre cette campagne d’incitation à la prostitution qui veut précipiter des jeunes filles dans les bras de riches messieurs.

Un signe de précarisation

Mais en rester là serait un peu court, jugent les Jeunes et les Femmes CSC. Cette pub choquante est le signe de la précarisation des conditions de vie des étudiantes ; elle met en lumière les perspectives de jeunes poussés vers des situations de dépendance. Actuellement, les étudiants qui ne sont pas (assez) soutenus par leurs parents rament avec une aide de l’Etat insuffisante et qui concerne trop peu d’entre eux, analysent-ils. Ils et elles pourraient être tenté(e)s par des affiches publicitaires surfant sur le besoin d’argent.

Instaurer une allocation d’autonomie qui permettrait de lutter contre l’inégalité d’accès aux études et d’autonomiser l’étudiant(e) dans ses choix par rapport à ses parents (et à leurs revenus), au CPAS, etc. pourrait être une solution, avance la CSC. Un revenu qui inscrirait les étudiants dans la sécurité sociale leur permettrait d’être plus autonomes. Les étudiant(e)s n'ont pas besoin de "sugar dates" mais de sécurité sociale, assènent les Jeunes et Femmes CSC.

Double discours

Le collectif de travailleuses et travailleurs du sexe en Belgique (Utsopi) réagit dans le même sens. L'action de promotion du site de rencontres qui met en relation des étudiantes de 18 à 26 ans (des "sugar babbies") et de riches hommes d'âge mur (des "sugar daddies") et le succès de ce site qui se vante de comptabiliser déjà 22000 inscrits révèlent d'abord la paupérisation galopante des jeunes, et notamment des étudiants, dénonce le Collectif.

Avant de distribuer des leçons de morale, certains responsables politiques feraient mieux de faire leur examen de conscience, assène Utsopi. Les politiques d'austérité et les mesures d'économie qui visent les plus faibles "offrent un terrible carburant aux promoteurs de ce genre de site", motivés par le seul appât du gain.

Utsopi dénonce le double discours de ceux qui, dans les médias, affichent un visage humaniste ("Les pauvres filles, c'est horrible ce que ce site leur propose") mais qui dans leur action politique, n'hésitent pas à raboter les bourses d'études et les allocations de chômage.

Au-delà de toute considération d'ordre moral, le collectif des travailleurs du sexe dénonce le sexisme de ce genre de campagne. La prostitution y est aussi présentée comme une activité anodine, pratiquement comme un jeu, s'indignent les représentants d'Utsopi. "Ce n'est pas le cas et cela multiplie les risques pour celles (et ceux) qui s'y aventureraient à la légère."