Le procès de la cellule de Verviers démarre ce lundi à 9 heures devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Les 16 prévenus sont poursuivis pour avoir planifié des attentats en janvier 2015. Mais seuls 7 d’entre eux seront présents. Les 9 autres font défaut et seraient en Syrie.

Verviers, c’était le 15 janvier 2015 - huit jours après la tuerie à Charlie Hebdo. La Belgique découvre dans les journaux télévisés du soir qu’un projet d’attentat, dont les cibles ne sont pas identifiées, se préparait à Verviers à l’occasion de l’assaut d’un appartement de la cité lainière. Deux djihadistes, de retour de Syrie, sont tués les armes à la main. Un homme, qui venait de les rejoindre, est capturé. Dans les jours qui suivent, un Algérien est intercepté à Athènes : c’est un proche d’Abdel Hamid Abaaoud, qui avait été localisé en Grèce. Des complices sont arrêtés, en région bruxelloise pour la plupart.

Ils sont seize au total, dont le procès s’ouvre ce lundi à Bruxelles. Neuf - vraisemblablement en Syrie - font défaut.

Verviers, c’était l’embryon de la cellule qui frappera dix mois plus tard à Paris, le 13 novembre 2015 et, à Bruxelles, le 22 mars dernier. En partie démantelée à Verviers, par l’assaut du 15 janvier 2015, elle se régénérera et renaîtra pour préparer les attaques simultanées de Paris. Son noyau s’était formé autour d’Abdel Hamid Abaaoud, qui sera tué en novembre 2015, une semaine après les attentats de Paris dans l’appartement de Saint-Denis.

Une enquête modèle

L’enquête précédant l’assaut à Verviers aura duré à peine deux mois. C’est, pourrait-on dire, un cas d’école d’enquête réussie qui aura mobilisé, dans les derniers jours, quelque 200 policiers. Et, on peut rêver : n’aurait-on pas pu pareillement remonter toute la cellule de Paris si l’on avait intercepté un de ses membres revenu de Syrie comme on l’a fait à Verviers ?

Car au départ de Verviers, il y a, le 18 novembre 2014, un simple renseignement de la Sûreté de l’Etat : Souhaib El Abdi, un Belge de 26 ans parti en Syrie, serait de retour. Il pourrait être tenté par le djihad armé. Des écoutes sont mises en place. Le 15 décembre, le GSM de Souhaib El Abdi est en contact avec un téléphone turc. Ils parlent en langage codé. Les contacts du numéro turc sont vérifiés. D’autres numéros sont identifiés. Les conversations sont inquiétantes. Les enquêteurs apprennent que des voitures sont louées, avec paiement en cash afin de ne pas laisser de traces.

Quatre complices sont identifiés en Belgique aux alentours du Nouvel An. Un Pakistanais, Mohamed Hamza Arshad Mahmood Najmi, 27 ans, apparaît. Il est en contact avec un certain "Omar", qui, au départ d’un téléphone grec, donne ses instructions. Sa voix est connue : en décembre, il appelait au départ de numéros turcs.

"Omar" est identifié. Il a déjà effectué deux séjours en Syrie. Son dernier départ remonte à janvier 2014. Il est bien connu de l’antiterrorisme. Et même du grand public : c’est lui qu’on a vu traîner des cadavres au volant d’un 4x4 en Syrie. C’est Abdel Hamid Abaaoud.

"Renault" et "Volkswagen"

Dans la nuit du 2 au 3 janvier, le téléphone d’Arshad borne en direction de la frontière allemande. Il est en contact avec un numéro tchèque utilisé en Allemagne. Son interlocuteur est un certain "Volkswagen", qui insiste pour qu’on vienne le chercher car il est proche et qui recommande la prudence. Arshad se rend ensuite à Lille pour aller chercher "Renault" avant de rentrer à Molenbeek après un crochet par Verviers.

Sa Renault Megane est pistée. Le 7 janvier, il véhicule des personnes dans des centres commerciaux à Liège et Verviers. La Megane stationne en fin d’après-midi rue du Centre, à Verviers. Deux hommes, chargés de sacs de course, en sortent pour se rendre dans un immeuble d’une rue perpendiculaire, au 32, rue de la Colline.

Les enquêteurs passent à la vitesse supérieure. Le 12 janvier, l’appartement de la rue de la Colline et la Renault sont sonorisés. Leurs conversations sont mystérieuses. On parle du "gros" , qui doit dire "comment faire avec l’eau" . Des "vases pour les fleurs" sont évoqués. On mentionne une maison isolée, pourvue d’un garage, qui devrait être louée en utilisant de faux papiers.

Le 15 janvier, peu après 17 heures, un homme les rejoint. Le trio s’émerveille autour d’une "Kalach", pourvue d’une crosse en bois. Ils ne savent pas que leur fin est proche. L’assaut est donné à 17h42.

Abaaoud échappera à la police

Abdel Hamid Abaaoud, sans doute en Grèce, échappera à la police. Mais son nom reste sur les radars. Les services antiterroristes français le suspectent, à des degrés d’implication divers, d’avoir joué un rôle dans l’attentat avorté contre une église de Villejuif, le 19 avril 2015; dans un projet déjoué d’attaque contre une salle de concerts, dont l’auteur avait été interpellé le 11 août 2005 en France, et dans l’attaque du Thalys, dix jours plus tard, le 21 août. Il était enfin en contact avec Mehdi Nemmouche, le tueur du Musée juif de Bruxelles, le 24 mai 2014.