Belgique Le rapport annuel de Myria sur la traite, publié lundi, cible le rôle d’Internet et des médias sociaux.

Rapide, efficace, zéro coût… Les trafiquants et passeurs d’êtres humains l’ont bien compris : le recrutement des victimes passe désormais par Internet et les réseaux sociaux. La police et la justice qui les traquent ont recours aux mêmes médias, comme outils d’investigation supplémentaires pour détecter les personnes qui se sont fait embobiner, identifier les suspects et intercepter les messages qui passent entre les uns et les autres. Rapporteur national indépendant sur la traite des êtres humains pour la Belgique, le Centre fédéral migration (Myria) axe l’essentiel de son vingtième rapport, publié lundi, sur cette problématique.

Les victimes sont notamment recrutées par le biais d’annonces postées sur Internet par des agences de mannequinat malveillantes. Une agence basée à Anvers visait ainsi en ligne des jeunes filles belges et lettonnes : "Les plus belles mannequins du Benelux pour vos défilés de mode et la promotion de vos produits. Nos modèles sont disponibles pour 200 € par heure de travail pour les défilés, séances de photos, travail d’hôtesse, etc." Celles qui ont répondu se sont vu immédiatement proposer un travail d’escorte pour lequel on leur faisait miroiter un salaire mensuel de 4 000 € à 6 000 € pour deux jours de travail par semaine. Quand elles voulaient arrêter, on les faisait chanter avec des photos d’elles, nues…

Dans un dossier liégeois, un prévenu avait créé un faux profil Facebook : photo à l’appui, il se faisait passer pour une femme et proposait un travail d’hôtesse dans le show business. Au cours du premier entretien, avec séance photo, il manipulait les jeunes filles jusqu’à ce qu’elles soient disposées à avoir des relations sexuelles. Suivaient des propositions de travail lucratives - promesses jamais honorées.

Taux de réussite affichés...

En 2016, 17 000 passeurs ont utilisé Facebook pour organiser leurs activités vers l’Europe, selon des chiffres d’Europol. Des "publicités" comprenant données du passeur, prix, taux de réussite (!) et films promotionnels ont été repérées. Il existe des groupes Facebook où les migrants peuvent contacter les passeurs et comparer les routes illicites et les pays de destination. Les migrants sont de plus en plus nombreux à publier des situations d’abus pour avertir leurs compatriotes, indique le rapport de Myria.

Méthodes d’enquête adaptées

Comme les téléphones peuvent être mis sur écoute, les passeurs discutent finances, gestion des clients, ou recrutement de chauffeurs via des messageries instantanées (Viber, Skype, WhatsApp...) plus difficiles à surveiller.

Mais les méthodes d’enquête se sont aussi adaptées à la révolution technologique. L’analyse du profil Facebook d’un recruteur a permis d’identifier 34 victimes hongroises dans les bars de prostitution gantois, toutes "amies FB" de l’individu. Les enquêteurs utilisent moins Internet et les médias sociaux dans les dossiers d’exploitation économique, relève Myria. "Les magistrats, la police mais aussi l’inspection sociale devraient être sensibilisés et recevoir suffisamment de formations axées sur la pratique."