L'affaire Dutroux aura donné lieu à 17 inculpations directes, entre le mois d'août et le mois d'octobre de 1996. Toutes n'ont pas donné lieu à des arrestations et toutes ne sont pas également intéressantes pour la suite de l'enquête. Dans l'ordre, à partir du 13 août: Marc Dutroux, son épouse Michelle Martin, leur complice Michel Lelièvre, les supposés complices de Dutroux Michel Nihoul, Michel Diakostavrianos, Claude Thirault, les suspects dans les trafics de voitures et assimilés, l'inspecteur Georges Zicot (lire par ailleurs), son informateur Gérard Pinon, l'assureur Thierry De Haan (il bénéficiera finalement d'un non-lieu), Pierre Rochow (un délinquant qui avait lui-même été séquestré par Dutroux), Philippe Demanet (le fils du procureur général de Mons supportera plus tard une déclaration de culpabilité pour escroquerie à l'assurance) et ses complices Bernard Adam et Romano Taddi Sarti.

Suivent encore Annie Bouty, ex-épouse de Nihoul, le supérieur de Georges Zicot, André Vanderhaegen (dépeint comme très probe, il avait refusé de collaborer à la mise en cause de sa PJ par la cellule des gendarmes), Marleen De Cokere, ancienne compagne de Nihoul et, finalement, le gendarme Gérard Vannesse (présenté comme protecteur de Dutroux, ce qu'il n'était pas, il mourra un an plus tard à la suite du stress, selon sa famille).

Originalité pour Nihoul

Quatre d'entre eux resteront détenus à longue échéance. Dutroux, Martin et Lelièvre le seront jusqu'au procès -et plus que vraisemblablement encore par après. Michel Nihoul, en revanche, connaîtra un sort «original». Le 20 janvier 1997, la chambre des mises en accusation décide de le libérer, par défaut d'indices de culpabilité suffisants. Mais, parce qu'il a été condamné à 3 ans de prison dans l'affaire «SOS Sahel» le 30 décembre précédent (une escroquerie à la charité), il reste physiquement détenu. Il obtient néanmoins sa libération conditionnelle pour «SOS Sahel» et quitte la prison dans la nuit du 15 au 16 décembre 1999. Mais le 24 décembre, sur injonction positive du ministre de la Justice Marc Verwilghen, il retourne en prison, pour ne pas s'être soumis à l'agenda d'une assistante de probation. Nouveau retournement, le 11 janvier: la commission des libérations le rend à nouveau à cette liberté dont il jouit encore.

Toujours est-il que, lorsque la chambre des mises en accusation de Liège décide la fin de l'instruction, le 22 octobre 2001 (et bien que, en réalité, le juge Langlois ait finalement poursuivi ses travaux jusqu'au mois de mars suivant), huit inculpés restent en lice, pour le procès, les autres ayant sans surprise été «blanchis».

Dernier revirement

Dutroux, inculpé pour tous les enlèvements ainsi que pour la séquestration et la mort de Julie, Melissa, An et Eefje. Michelle Martin, comme complice d'une association de malfaiteurs et pour son implication dans l'enlèvement et la séquestration de six personnes, les faits ayant de surcroît entraîné la mort de quatre d'entre elles. Michel Lelièvre, pour son appartenance à une association de malfaiteurs ayant pour but l'enlèvement et la séquestration d'enfants. Michel Nihoul, inculpé pour l'enlèvement de Laetitia Delhez et trafic de drogue. Michel Diakostavrianos, pour participation à la même association de malfaiteurs. Annie Bouty, ex-épouse de M. Nihoul, et Marleen De Cokere, ex-compagne du même, pour leur supposée complicité dans les mêmes faits. Claude Thirault, qui avait pourtant lui-même averti le premier la Justice des intentions de Marc Dutroux, pour association de malfaiteurs.

Le 17 janvier 2003, la chambre du conseil de Neufchâteau réduit encore ce nombre, renvoyant vers celle des mises en accusation -qui doit fixer les renvois définitifs au procès d'assises- Dutroux, Lelièvre et Martin. Mais aucun autre. Donc pas non plus Michel Nihoul. En ce qui le concerne, l'instance chestrolaise laisse le soin des poursuites au parquet de Bruxelles, pour le volet «drogue», et prononce le non-lieu pour l'enlèvement de Laetitia Delhez.

Pour Nihoul, le soulagement sera de courte durée. Le mercredi 30 avril 2003, la chambre des mises en accusation de Liège annule l'ordonnance du 17 janvier. Elle confirme bien sûr que le trio Dutroux, Martin et Lelièvre ira aux assises. Mais elle y renvoie également Nihoul, en tant que membre supposé de la bande ayant enlevé et séquestré les enfants et trafiquant de drogue. Voilà comment ils seront 4 à faire face au jury arlonnais, le 1er mars.

© La Libre Belgique 2004