Samedi, Denis Ducarme, député fédéral MR, annonçait laconiquement qu’il allait déposer une demande de modification du règlement de la Chambre afin d’interdire aux député(e)s d’arborer tout signe religieux ou philosophique.

Le propos n’était point innocent à trois jours de l’installation ce mardi des nouvelles assemblées régionales qui pourraient être tentées d’en faire de même. Plus particulièrement à Bruxelles où, on le sait, une élue du CDH, Mahinur Özdemir, d’origine turque, a décidé de siéger avec son voile.

La question a fait débat lundi à la fois dans les partis politiques mais aussi dans les associations représentant la société civile.

Un constat : la proposition de Denis Ducarme - voir aussi pages 54 et 55 - a fait long feu puisqu’elle n’a même pas recueilli une adhésion unanime au sein de son propre parti, le MR. Mais les réformateurs n’en plaident pas moins pour un débat sur la question "de préférence au bureau de l’assemblée concernée", a estimé Françoise Bertieaux, "car il faut mettre des limites, des balises qui soient le s mêmes pour tous". Avant d’ajouter qu’a priori, elle ne voit pas d’objection à ce qu’une femme siège avec son hijab au Parlement. Toujours dans les rangs réformateurs, le FDF Didier Gosuin est monté au front en s’en prenant au CDH : "Il n’est pas question de stigmatiser l’attitude d’une personne, en l’occurrence Mme Mahinur Özdemir, ni d’une catégorie de personnes. Par contre, son parti porte une grande responsabilité dans la réintroduction du poids du religieux au Parlement. Si par essence, le Parlement n’est pas un lieu de neutralité politique, le CDH semble prêt à y réintroduire la carte du spirituel, revenant 40 ans en arrière lors que le religieux exerçait une influence sur le politique."

Un point de vue qui n’a pas vraiment été suivi dans les autres partis, notamment dans ceux qui négocient des Oliviers tant à Bruxelles qu’en Wallonie. Joëlle Milquet a ainsi demandé que "la réserve soit de mise pour éviter tout propos qui pourrait être ressenti comme discriminatoire ou vexatoire pour une partie de notre population". Les Ecolos bruxellois ont de leur côté déploré "l’instrumentalisation polémique du MR" à l’occasion de la prestation de serment alors qu’au nom du PS bruxellois, Rudy Vervoort, chef de file du groupe parlementaire, notait que "le fait de porter le voile relève de la liberté individuelle de la jeune élue. C’eût été différent si elle avait été nommée ministre ou si elle accédait à la magistrature".

La polémique serait-elle donc close ? Une certitude: ce mardi la présidente provisoire et doyenne d’âge de l’assemblée, Antoinette Spaak, mettra tout en oeuvre pour qu’elle ne redémarre pas ! "J’ai mes convictions et je suis de ceux qui pensent qu’il faut ouvrir un large débat sur la question, mais en tant que présidente de séance de l’installation du Parlement, je mettrai tout en oeuvre pour que mon assesseur, Mahinur Özde mir, puisse siéger normalement !" Un réflexe féminin ? La séance inaugurale sera prise en main par les "filles d’Eve" puisque le bureau provisoire comprendra encore la députée Open VLD Els Ampe.

En tout état de cause, le Parlement bruxellois issu du scrutin du 7 juin devrait donc installer ses 89 membres en se tenant à une "neutralité inclusive" pour paraphraser le commentaire d’Edouard Delruelle, le président du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme