Si la manifestation est annulée, une mobilisation reste à l’ordre du jour.

Combien de "gilets jaunes" comptera-t-on vendredi dans les rues de la capitale ? Mystère. Gary Ducran, le "gilet jaune" qui avait engagé une concertation avec la police de Bruxelles pour que la manifestation prévue dans la capitale se déroule le mieux possible, a finalement annoncé lundi soir qu’elle était annulée. Parce qu’il était impossible de se conformer aux exigences des services de sécurité : un "steward" pour 50 participants. "On avait sous-estimé cet aspect. On croyait que la police se chargerait de tout. On est aussi en train de se concerter entre petits groupes pour construire un mouvement uni et solide, nous explique Gary Ducran. La Flandre vient de nous rejoindre. On essaie de se mettre tous ensemble avec les mêmes revendications."

Des "posts" furieux

Mais si la "manifestation légale" est reportée à une date qui n’a pas encore été fixée, une mobilisation est, elle, maintenue dans les rues de la capitale. La nuance ? L’affluence des protestataires ne sera ni organisée, ni encadrée, mais le mot d’ordre de rallier Bruxelles est toujours d’actualité sur les différents groupes Facebook (Bruxelles, Wandre, Feluy, Charleroi, La Louvière, Luxembourg…) qui expriment leur ras-le-bol par rapport à l’augmentation de prix qui touche les produits pétroliers et grève durement leur pouvoir d’achat.

L’annulation officielle du cortège qui devait partir du parc du Cinquantenaire, à 13 h, en direction de la rue de la Loi, a suscité des "posts" furieux sur Facebook. "Avec toi ou sans toi, on ira jusqu’au bout, avertit un "gilet jaune", particulièrement remonté. On n’a pas fait ça pour, au dernier moment, annuler le tout."

Certains reprochent tout haut à Gary Ducran de "s’accaparer le truc" ; d’autres prenant la défense de celui qui "veut éviter le bordel comme à Charleroi" ou qui a "juste essayé de coordonner les choses pour […] pas qu’on en arrive comme à Paris".

L’intéressé se défend de vouloir contrôler ou représenter le mouvement des "gilets jaunes" : "Il n’y a pas de porte-parole, pas de délégués".

Ce "leader habilité à parler au nom de tous" de la colère due à des fins de mois difficiles, devant les inégalités fiscales, "face à des élus qui ne veulent rien entendre", n’existe pas : lit-on dans un message qui circule sur Facebook : "Chaque gilet jaune est son propre porte-parole."

Il n’y a pas d’autorisation à demander pour exprimer cette colère, disent-ils : "Nous sommes le peuple et, à ce titre, la rue de la Loi nous appartient : c’est vous qui en êtes locataire (le "vous" désignant le Premier ministre Charles Michel, NdlR) ".

Vendredi, il y aura donc un rassemblement "spontané" dans la capitale, sans organisateur "officiel". Massif ? "On sait qu’il y aura du monde", pronostique Gary Ducran. Les différents groupes Facebook totalisent près de 10 000 membres du côté francophone.

Agents troubles en Flandre

Depuis lundi, le mouvement des "gilets jaunes" touche aussi la Flandre. Une trentaine de manifestants contre la hausse du prix des carburants se sont réunis dans la soirée au centre de Genk ; deux autres rassemblements étaient prévus mardi à Hasselt et Herentals.

En moins d’une semaine, le groupe fermé "Leg Vlaanderen plat" ("Mettez la Flandre à l’arrêt") a attiré près de 9 200 membres ! L’initiateur en est un certain Marko Kleijn, un Néerlandais résidant depuis une dizaine d’années à Genk.

Une personnalité pour le moins trouble, sympathisant du Vlaams Belang et de mouvements d’extrême droite comme Pegida (anti-immigrés) et… Schild en Vrienden.

S’il prend soin de ne pas publier d’opinions personnelles sur sa page Facebook, Marko Kleijn ne se prive pas de relayer les messages de Dries Van Langenhove, le leader du groupe néonazi qui était au cœur d’un reportage de la VRT et contre lequel une instruction est ouverte au parquet de Gand. En Flandre, l’extrême droite tente clairement de récupérer le mouvement des gele hesjes.

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