Le juge d'instruction bruxellois Patrick De Coster a mené, mardi, une perquisition, au siège de la Loterie Nationale. L'information, révélée hier par le "Tijd", a été confirmée par le parquet de Bruxelles.

Les enquêteurs du service "anti-corruption" de la police fédérale s'intéressent à d'éventuelles malversations commises par la direction de l'entreprise publique. C'est plus précisément Marc Frederix, son directeur marketing qui est dans le collimateur de la justice. Son domicile privé a également été perquisitionné.

Etiqueté SP.A, Marc Frederix est à la tête du département marketing (qui gère aussi toute la politique de sponsoring et des subsides de l'institution) de la Loterie, depuis le 1er mars 2003. Auparavant, M. Frederix s'occupait déjà de la communication de l'entreprise publique via sa propre agence de publicité Karamba. Une fois nommé à la Loterie, il a été contraint par le conseil d'administration (CA) de renoncer à ses fonctions chez Karamba pour éviter tout conflit d'intérêt. Ce qu'il fit. Mais la justice le soupçonne d'avoir continué à confier indirectement des contrats à Karamba via des sociétés qui lui sont liées et d'avoir dès lors émis de fausses factures, ce que Karamba, pour sa part, nie.

A son arrivée à la Loterie, M. Frederix a lancé un appel d'offres pour l'attribution des campagnes publicitaires de l'entreprise. Le jury qu'il présidait a attribué le contrat pour les jeux de tirage (Lotto et EuroMillions) à la société Lowe. Le CA a avalisé cette décision sans savoir qu'en réalité Karamba et Lowe étaient des sociétés soeurs, toutes deux filiales du groupe coté en Bourse Interpublic. La justice passe également au peigne fin le contrat décroché en 2003 par la firme "Promo Sapiens", dirigée par le même patron que Karamba, pour le matériel publicitaire destiné aux quelque 6 000 points de vente de la Loterie.

Le secrétaire d'Etat Bruno Tuybens (également SP.A) qui a la tutelle sur la Loterie "a pris acte" des perquisitions et de l'enquête en cours. "Nous ne faisons pas de commentaires. C'est à la Loterie de décider de suspendre ou non (de certaines) de ses fonctions M. Frederix", a précisé son porte-parole.

Réunion du CA mardi

"C'est le conseil d'administration de la Loterie, qui doit se réunir le mardi 10 octobre qui décidera d'éventuelles mesures à prendre à l'encontre de M. Frederix", nous a déclaré Joseph-Emile Vandenbosch, son administrateur-délégué. "Dans l'immédiat et dans l'attente de l'issue de l'instruction, de commun accord avec M. Frederix, nous avons convenu qu'il ne siégerait plus dans le comité chargé d'attribuer les marchés publics". Le principal intéressé n'a pas voulu faire de commentaires.

En novembre dernier, la politique marketing du responsable jugée "trop agressive" avait déjà été au coeur des discussions du CA de la Loterie. Le conseil lui avait demandé des explications sur le doublement (en 3 ans) des dépenses en marketing de l'institution avant d'approuver le budget 2006.

Le budget marketing annuel a atteint, en 2005, 2,5 pc du chiffre d'affaires de la Loterie (1,123 milliard d'€). Ce chiffre ne comprend pas les sommes affectées au sponsoring commercial. En 2000, le budget marketing était encore inférieur à 1 pc.

© La Libre Belgique 2006