"Les syndicats n'ont aucune alternative: ils veulent que nous copiions la France, mais ce pays est dans une situation infiniment pire" que la nôtre, a déclaré jeudi soir, à la télévision publique néerlandaise, le président de la N-VA Bart De Wever en réaction à la manifestation nationale qui s'est tenue plus tôt jeudi. 

Il a également défendu la politique de la ville d'Anvers en matière de racisme et de lutte contre les Belges partant se battre en Syrie. "Notre pays a une importante organisation syndicale qui est forte pour mobiliser", reconnaît le bourgmestre d'Anvers. "Mais il n'y a pas d'alternative à notre politique. Nous devons maintenant persévérer et créer des perspectives pour les gens. D'autres pays qui nous ont précédés sont aussi passés par ces moments difficiles."

Interrogé par le journaliste néerlandais sur l'absence dans sa politique menée à Anvers de la moindre proposition pour mieux intégrer dans la société les membres de la communauté musulmane et les jeunes allochtones et, de cette manière, prévenir le radicalisme, Bart De Wever a répliqué que "nulle part ailleurs, les gens ne reçoivent autant d'opportunités que chez nous" et a rappelé que c'était son parti qui avait plus ou moins inventé le parcours d'intégration.

"Qu'il y ait davantage de signalements de racisme et de discriminations est simplement dû au fait que nous y sommes toujours plus sensibles", a-t-il ajouté, espérant qu'un changement de mentalité se produise parmi les employeurs et les propriétaires de biens immobiliers.

Enfin, le président des nationalistes a estimé que "ce n'était pas la faute de la société" si des personnes se radicalisaient à la suite de frustrations éprouvées en Belgique et qu'il s'agissait là d'un choix individuel.

Charles Michel condamne les violences et appelle à la concertation

Le Premier ministre Charles Michel a fermement condamné jeudi soir les violences "inacceptables" qui ont caractérisé la fin de la manifestation nationale à Bruxelles et appelé à la concertation sociale, tout en maintenant le projet de saut d'index. La manifestation relève d'un droit démocratique et légitime, a souligné M. Michel sur RTL-TVi, mais les violences perpétrées par certains manifestants ne sont "en aucun cas acceptables". "La justice devra faire son travail", a-t-il affirmé, rejetant toute idée d'impunité.

Il a appelé à la sérénité, au respect mutuel, à l'écoute et au dialogue, afin d'engager la Belgique dans des réformes permettant aux entreprises de créer plus d'emploi.

"Nous voulons protéger notre modèle social" afin de pouvoir payer les pensions et la sécurité sociale à l'avenir, a-t-il relevé, rappelant le premier tour de table tenu en fin de journée avec les représentants syndicaux.

Face à la menace de la FGTB de ne pas s'asseoir à la table de négociation si le projet de saut d'index n'est pas supprimé, Charles Michel s'en est tenu à l'accord de gouvernement qui le prévoit.

La marge de négociation est cependant "immense" à ses yeux, a-t-il dit, citant la mise en œuvre de la réforme des pensions, du marché du travail, etc.

"Je pense aussi à tous ceux qui n'ont pas manifesté et qui ont la conviction qu'on a besoin de stabilité, et de donner au gouvernement la chance de démarrer des réformes dans le plein respect de la concertation sociale", a-t-il affirmé.

Kris Peeters chargé de renouer discrètement le dialogue social

Le gouvernement fédéral a chargé le ministre de l'Emploi Kris Peeters de renouer en toute discrétion le dialogue social, a déclaré ce dernier jeudi à l'issue de la réunion entre les syndicats et le comité ministériel restreint à Bruxelles.

Cette décision fait suite à la manifestation nationale qui a ressemblé jeudi plus de 100.000 personnes dans les rues de la capitale. "Nous allons ouvrir la discussion dans le respect de l'accord de gouvernement", a affirmé Kris Peeters à l'issue d'une rencontre avec les syndicats qui a duré une heure. "Le but, c'est de voir les éléments sur lesquels nous pouvons discuter. J'ai été chargé de prendre des contacts discrets avec les syndicats, mais aussi avec les organisations patronale afin de remettre le Groupe des Dix autour de la table. Nous montrons ainsi que nous sommes ouverts au dialogue social." Le ministre de l'Emploi a toutefois rappelé qu'il n'était pas question de revenir sur plusieurs mesures prévues dans l'accord de gouvernement, dont le saut d'index.

Côté syndical, la CSC a salué ces "initiatives visant rétablir la confiance", selon les termes utilisés par la secrétaire générale Marie-Hélène Ska. "Le gouvernement a semblé être à l'écoute, nous espérons que cela débouchera sur de la confiance", a-t-elle ajouté. Olivier Valentin de la CGSLB a également salué ce "premier contact le soir-même de la manifestation." Pour la FGTB, le secrétaire général Marc Goblet a dit espérer qu'"une concertation puisse rapprocher les points de vue". Il s'est néanmoins montré dubitatif sur la méthode. "Nous préférons d'abord la concertation bipartite patrons-syndicats avant la tripartite avec le gouvernement", a-t-il indiqué.

En attendant les discrètes prises de contact du gouvernement, le front commun syndical a rappelé que le plan d'actions prévu jusqu'au 15 décembre, jour de grève générale, était maintenu.

Le gouvernement et les syndicats sont réunis au Seize

Les syndicats ont répondu positivement jeudi à l'invitation du Premier ministre Charles Michel. La réunion entre les représentants syndicaux et le comité ministériel restreint a débuté à 17 heures au 16, rue de la Loi. "On est invité, donc on vient voir", a déclaré le secrétaire général de la FGTB Marc Goblet à son arrivée rue de la Loi. "La manifestation de ce jour est une réussite. Nous allons maintenant leur faire part de nos quatre priorités: le pouvoir d'achat, la sécurité sociale, les investissements durables et la fiscalité juste. Sur tous ces points, nous n'avons pas été entendus. Et si le gouvernement n'abandonne pas le saut d'index et qu'il n'y a pas de liberté de négocier, il sera impossible de se mettre autour de la table." Une série de grèves tournantes commencera à partir du 24 novembre jusqu'au 8 décembre, avant la grève nationale du 15 décembre. Si aucun progrès n'est réalisé d'ici là, Marc Goblet a averti qu'un nouveau plan d'actions sera lancé dès le 5 janvier.

La secrétaire générale de la CSC Marie-Hélène Ska a signalé pour sa part "attendre des réponses" et exprimé son souhait de ne pas discuter "uniquement des modalités". "A moins d'un miracle, nous continuerons de répéter que cet accord de gouvernement est inacceptable", a-t-elle conclu. La CGSLB a aussi averti: "Nous ne sommes pas là pour discuter des points et des virgules."

Du côté du gouvernement, les membres du comité ministériel restreint ont rappelé leur accord. "On peut être créatif sur les modalités", a lancé le ministre de l'Emploi Kris Peeters, rappelant néanmoins que le saut d'index notamment était et restait inscrit dans l'accord de gouvernement. Le vice-Premier Open VLD Alexander De Croo a exprimé son souhait de fixer un agenda des discussions. "La seule manière de répondre aux questions des syndicats, c'est de se parler", a-t-il ajouté.

Didier Reynders a ajouté "souhaiter mener une concertation sociale au-delà des rencontres sectorielles. L'accord de gouvernement prévoit de la marge de négociation", a-t-il affirmé, signalant par exemple la création prévue d'un conseil national des pensions.

Le Premier ministre Charles Michel et le vice-premier N-VA Jan Jambon n'ont pas souhaité réagir.

Charles Michel propose aux partenaires sociaux une "feuille de route"

Le Premier ministre Charles Michel proposera de discuter d'une "feuille de route" offrant des espaces de concertation aux partenaires sociaux invités jeudi après-midi à l'issue d'une manifestation nationale qui a mobilisé 130.000 personnes contre la politique du gouvernement fédéral dans les rues de Bruxelles. A la Chambre, le chef du gouvernement a répété le souci de placer la concertation sociale au centre de l'action politique de son équipe visant à créer plus d'emplois et préserver la protection sociale.

Il a dit entendre la "colère" de la rue, les "doutes", mais s'est dit prêt à faire oeuvre de pédagogie, à "expliquer" la nécessité des réformes. M. Michel a également appelé l'ensemble des acteurs socio-économiques à prendre leurs responsabilités.

Cet appel a été loin de convaincre l'opposition qui a dénoncé le "passage en force" du gouvernement au détriment des familles et des moins nantis.

Plusieurs députés ont invité M. Michel à entendre le "signal" de la rue et à renoncer à plusieurs mesures phares d'austérité dont le saut d'index. Appelant à plus d'équité, ils ont également invité le gouvernement à financer la baisse des charges sur le travail par des prélèvements sur le capital plutôt que sur les travailleurs.

De son côté, Bart De Wever a remercié "tous ceux qui militent pour le bien-être et la prospérité, qui prennent leurs responsabilités, et qui ont confiance dans les décisions difficiles que nous prenons."



"Ou le gouvernement revoit sa copie, ou il connaîtra d'autres actions."

Les représentants des syndicats FGTB, CSC et CGSLB se sont félicités jeudi du nombre estimé de 120.000 participants présents, dans leurs discours prononcés à l'issue de la manifestation nationale menée en front commun. "Le gouvernement et les patrons ne pourront rester sourds à cette mobilisation", a lancé Marc Goblet, secrétaire général de la FGTB, signalant la présence de travailleurs tant du secteur public que du privé ou encore du monde culturel. "A ceux qui s'étonnent, je leur dis de lire l'accord de gouvernement, totalement asocial, injuste et qui fait tout peser sur le secteur public et la sécurité sociale. On prend l'argent de la collectivité pour le glisser dans la poche des actionnaires", s'est-il insurgé.

Le secrétaire général du syndicat socialiste a posé quatre conditions à la reprise d'un dialogue social: supprimer la saut d'index et respecter la liberté de négociation, garantir la sécurité sociale, établir un plan de relance et, enfin, proposer une fiscalité juste. "Si nous ne sommes pas entendus, nous relancerons un nouveau plan d'actions dès le 5 janvier", a-t-il prévenu.

"Félicitations aux 120.000 verts, rouges et bleus venus de tout le pays malgré les intimidations des patrons", a lancé pour sa part Jan Vercamst de la CGSLB. "Cette mobilisation, c'est du jamais vu depuis 30 ans. Il y a des gens qui ne sont pas encore arrivés place De Brouckère", a signalé son collègue francophone depuis la Gare du Midi.

Du côté de la CSC, la secrétaire générale Marie-Hélène Ska a également remercié les participants et notamment ceux qui n'ont pas l'habitude de manifester. "Vous êtes nombreux à vouloir le changement. C'était d'ailleurs l'un des slogans-phare de la campagne électorale. Mais de quel changement parlent-ils? Saut d'index, gel des salaires, recul de l'âge légal de la pension, la fin du crédit temps non justifié qui va pénaliser les femmes", a-t-elle énuméré. "De qui se moque-t-on? Il faut oser investir dans les services publics, dans une justice capable d'assurer ses missions, dans la culture".

Le syndicat chrétien s'est dit prêt à discuter et réévaluera la situation le 15 décembre prochain, à l'issue du jour de grève nationale prévu en front commun.