Trois jours après les échauffourées qui ont émaillé la grande manifestation de Bruxelles, tous les regards se tournent vers le rôle d’Yvan Mayeur, le bourgmestre de la capitale. En cause, des appels à l’aide lancés par des policiers dépassés par les événements, "durant 40 minutes" , sans que l’élu ni son chef de corps ne réagissent.

A la clé, un bilan désastreux annoncé par le parquet de Bruxelles : 112 blessés (43 pour la zone Bruxelles-capitale Ixelles, 37 zone Midi, 19 zone Nord, 6 zone Montgomery, 7 à la police fédérale). "Il y a beaucoup de blessures aux genoux et aux pieds, plusieurs fractures, une commotion cérébrale. Des policiers sont encore hospitalisés" , a précisé hier Rym Kechiche, porte-parole du parquet de Bruxelles.

Hier, deux syndicats ont annoncé leur intention de déposer une plainte contre X pour "abstention coupable de porter secours" . Derrière ce X, il y a bien une cible : le bourgmestre, qui aurait selon eux refusé d’envoyer des renforts sur le terrain.

"Les faits sont dramatiques avec plus d’une centaine de blessés et contusionnés du côté policier. Il y a une évidente responsabilité en matière de maintien de l’ordre. On ne veut pas demander à M. Mayeur une enquête administrative sur lui-même, c’est pour cela que nous voulons passer au pénal. Mais on ne doit pas envisager la seule responsabilité du bourgmestre et voir du côté de la haute hiérarchie" , lance Eddy Lebon, secrétaire général du Sypol (syndicat policier). Hier, Stéphane Deldicque, délégué permanent du CSC, a accusé Yvan Mayeur d’ "abstention coupable" , le déclarant "à court d’arguments" . La veille, c’était le SLFP qui le mettait en cause.

En réponse à ces attaques fusant de toutes parts, le bourgmestre s’est exprimé à la Libre Belgique , suite aux révélations de nos confrères de la DH . Niant en bloc sa responsabilité. "Je n’aurais pas pu interdire ce que l’on ne m’a pas demandé." assure-t-il. "Le SLFP ment quand il dit que je n’ai pas donné les moyens suffisants ou que j’ai interdit une intervention. C’est totalement faux. C’est une honte. C’est de la diffamation et de la manipulation. Le SLFP ment aux policiers, à l’opinion publique et aux médias."

Des accusations de mensonge contredites par les syndicats. Du côté des policiers de terrain, ça ne passe pas. Hier, une page Facebook (1.500 likes ) s’est ouverte, appelant à la démission d’Yvan Mayeur. Un policier gradé, interrogé par la DH , décrit : "Je m’interroge sur la décision de M. Mayeur d’interdire de procéder à des arrestations administratives sur ces dockers . On savait qu’ils allaient venir en nombre. Ils avaient mis le bordel au port d’Anvers, avaient bu sur le chemin. C’est une erreur fondamentale. On savait qu’ils allaient commettre des infractions. Brûler des voitures, c’est un crime. Jeter des pavés, c’est une tentative de meurtre."

Au final, n’aurait-on pas pu craindre un bilan bien pire ? "Les policiers qui étaient en première ligne ont durement encaissé. On n’a plus l’habitude de ce genre de comportement. Mais on peut se féliciter de l’attitude des policiers. On a été gentils et calmes" , insiste Roland Thiébaut, commissaire et porte-parole de la zone Bruxelles-Nord. Ca aurait pu être pire. Voilà bien le seul motif de satisfaction.