Les actes atroces commis par Kim De Gelder ont engendré une somme de douleurs irréparables. L’enquête juridico-psychiatrique relative à ces faits a mené à un procès d’assises. Indépendamment de la question de savoir si ce fut, ou non, une bonne décision, ce procès a mis en scène, une image peu honorable de la justice et de la psychiatrie.

- En cours de procédure censée mener à l’établissement serein de la vérité, une rhétorique trop facile s’est fait bruyamment entendre. Le maniement de ce discours, au lieu de contribuer à un juste déroulement du procès et à l’élucidation des crimes perpétrés, n’appelle-t-il pas sans discernement à la colère et la vindicte populaires qui ne peuvent en aucun cas remédier aux terribles souffrances endurées ?

- Et la psychiatrie judiciaire ? Ne s’est-elle pas aventurée hors du champ des limites de sa compétence définie par la loi ? Il est attendu qu’elle s’en tienne aux exigences rigoureusement posées pour la recherche clinico-diagnostique. Un diagnostic psychiatrique ne peut, en aucun cas, être remplacé par un profilage criminologique de l’accusé. La gravité de l’histoire de sa maladie - telle qu'elle fut déployée, en l’espèce, dans plusieurs dossiers médicaux - ne peut aucunement être interprétée comme quantité négligeable. Les découvertes scientifiques ne peuvent être utilisées à charge de façon sélective et l’acte diagnostique ne peut en aucun cas se baser sur un choix arbitraire opéré parmi la totalité des éléments cliniques.

C’est pourquoi nous plaidons pour :

- Le respect d’une justice digne de ce nom. Le premier fondement du droit est de se substituer à la vengeance. Ce principe est un acquis précieux pour toute civilisation démocratique. Le prendre en considération, en toute occasion, et quelle que soit la nature terrible des crimes commis, est indispensable à la protection de cette civilisation.

- Le recours à la psychiatrie judiciaire comme discipline strictement clinique qui, hors de tout jugement moralisant, vise à cerner la cause psychique du crime, à identifier et décrire le processus pathologique et à resituer l’acte délictueux au cœur de ce processus. Cette recherche clinique a à prendre en compte, de manière la plus précise, les divers éléments de l’histoire de l’accusé en s’abstenant de toute omission sélective, et à traiter les exigences scientifiques et déontologiques de sa discipline avec déférence. C’est seulement à ces conditions qu’elle peut contribuer à une meilleure compréhension du crime et offrir à la société la possibilité d’y répondre d’une manière adéquate.Nathalie Laceur et Geert Hoornaert