Une demi-heure avant l’arrivée des imams, la place de la Bourse est quasi déserte. A part quelques retraités assis sur les bancs et une poignée de touristes, seuls les journalistes sont en nombre. Six policiers installent deux combis et des barrières pour bloquer les rues alentour.

Après Paris, samedi, et Berlin, dimanche, la marche des musulmans contre le terrorisme faisait halte à Bruxelles, à l’endroit devenu lieu de recueillement pour des centaines de personnes après les attentats du 22 mars 2016.

"Bienvenue" quasi inaudible

Contraste lundi. Seuls le Premier échevin de la ville de Bruxelles, Alain Courtois (MR), et quelques organisateurs de la marche étaient présents pour accueillir les représentants des cultes religieux. Au micro, le responsable de la chaîne de télévision locale Almouwatin, partenaire belge de la marche, lance un "bienvenue", qu’on entend à peine.

Les médias se bousculent pour capter une photo du groupe derrière la banderole : "Les musulmans marchent contre le terrorisme".

Quand Jan Jambon, le ministre fédéral de la Sécurité et de l’Intérieur (N-VA), arrive à la Bourse, plusieurs imams dégainent leur smartphone. Pour le public présent, les discours sont inaudibles. Les religieux se sont brièvement recueillis, observant un temps de prière.

Les organisateurs restent positifs

De rares curieux, touristes, riverains ou travailleurs, marquent un temps d’arrêt mais ne restent pas longtemps. Originaire de Charleroi, Henda, 59 ans, est, elle, venue expressément à Bruxelles. "J’aimerais autant que ce soit la communauté elle-même, la base, plutôt que ses représentants, les imams, qui s’expriment contre le terrorisme."

Une autre femme témoigne : "L’atmosphère était très difficile à vivre à l’époque des attentats, tandis qu’ici on ressent une énergie de paix et d’amour", décrit-elle.

Quelques habitants bruxellois sont également présents. "Je ne me remets pas des attentats. J’éprouve encore de la colère", explique Jacqueline, 64 ans. Bernadette, 57 ans, se désole. "Je ne vois pas beaucoup de monde, ni de musulmans, à part des journalistes. "

Alain Courtois avance une explication : "C’est une marche spontanée. Elle fait les capitales européennes touchées par le terrorisme. Elle passe et va ailleurs." Eric Gozlan, un des organisateurs de la marche et directeur exécutif de l’Union des peuples pour la paix, relativise : "Il vaut mieux cinquante journalistes que cinquante personnes." Un autre organisateur reste positif : "On recherchait surtout la symbolique et les personnalités présentes."

Un mini-incident

Bruxelles étant toujours au niveau 3 de la menace, les sacs des passants, y compris le livreur de pizzas à vélo, étaient fouillés par la police. Lors du discours du rabbin Avi Tawil, un individu s’est écrié : "Menteur, menteu r". Il a été immédiatement écarté par la police. Mais il n’y a pas eu de véritable incident.